Charpentier : Te Deum


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Le Te Deum de Marc Antoine Charpentier est un incontournable du compositeur. Il fait une apparition furtive dans L’Auberge Espagnole de Cédric Klapisch. Beaucoup moins perceptible, mais bel et bien vrai, le Te Deum est aussi l’hymne officiel du Tournoi des Six Nations, en rugby. Enfin, c’est le jingle infatigable du concours de l’Eurovision.

L’expression « Te Deum » tire son nom du motet Te Deum Laudamus (Dieu, nous te louons), prière catholique glorifiant la toute-puissance divine.  Tel un standard musical incontournable de la période baroque, le Te Deum incarnait alors un minima dans le répertoire des grands compositeurs comme  il le demeure chez Marc-Antoine Charpentier. Composé dans la discrétion de l’église jésuite de Saint-Louis, entre 1692 et 1693, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier vient accomplir l’Histoire sacrée, soit la version française des oratios sacro-latins d’Italie.

Glorifiant le céleste règne du roi Louis XIV, le Te Deum de Marc-Antoine Charpentier fut sans nul doute l’oeuvre de son temps la plus à même d’honorer le roi « très Chrétien » triomphant. C’est avec succès que fut accueillie l’oeuvre de Charpentier un an après la célèbre victoire militaire de Louis XIV sur les nations protestantes, dont les armées furent défaites à Steinkerque, en 1692.

Clés de l’oeuvre

Morceau choisi n°1 : Prélude et Te Deum Laudamus

Le célèbre Prélude engage en grande pompe : trompettes, hautbois et timbales, projetant de leur éclat majestueux les louanges d’un Te Deum Laudamus annonçant au monde le triomphe de la lumière sur les ténèbres.

Te Deum laudamus,

te Dominum confitemur.

Te aeternum Patrem,

omnis terra veneratur.

Nous te louons, Dieu,

Nous t’acclamons, Seigneur.

Père éternel,

Toute la Terre te vénère.

La composition en « ré majeur » du Prélude renferme alors une des innovations principales qu’apporta Marc-Antoine Charpentier à la musique française. Décrite dans son traité musical « Règles de composition », le maître de musique y expose toute l’essence de son style, où la tonalité en ré majeur, qu’il impose à son Te Deum Laudamus, est la tonalité idéale pour exprimer la « joie guerrière » du contexte historique d’alors.

Morceau choisi n°2 : Te æternum Paterm

Le Te æternum Paterm, exprime ensuite les souffrances endurées rappelant ainsi le prix de la victoire. La ligne de basse continue est sans nul doute celle qui caractérise le mieux de l’emprunte stylistique du grand compositeur des Jésuites. Donnant ainsi cette gravité aérienne, Charpentier manifeste son influence latine, héritée de sa jeunesse romaine auprès du célèbre compositeur Giacomo Carissimi. Le Te æternum Paterm appose ainsi toute la souplesse de l’oeuvre : faisant place à tantôt cette joie guerrière, tantôt une profonde et gracieuse mélancolie. Enfin les lamentations angéliques et profondes, typiques des oratios sacrés en latin, viennent alors plaindre les justes – ces sacrifiés sur l’autel de la gloire céleste.

Morceau choisi n°3 : In te, Domine, speravi

Tout est bien qui finit bien dans l’ultime In te, Domine, speravi qui clôt le Te Deum de Maître Charpentier.

Fiat misericordia tua,  Domine, super nos,

quemadmodum speravimus in te.

In te, Domine, speravi :

non confundar in aeternum.

Que ta miséricorde, Seigneur, soit sur nous,

ainsi que nous l’espérons.

C’est en toi, Seigneur, que j’ai espéré.

Que je ne sois jamais confondu.

Les dernières louanges du motet laissent entrevoir l’espoir de temps nouveaux. Cet Espoir de la divine miséricorde est alors déployé avec un inimitable panache où s’entremêlent le trio avec le choeur.

Enregistrements

Jean Tubéry nous propose un Te Deum aux accents à la fois militaires, joyeux, souple et serein. Quand s’entonne le Te æternum Paterm, il devient serein et profond puis redevient avec clinquant et puissance dans l’In te, Domine, speravi.

Marc-Antoine Charpentier, Te Deum, Jean Tubéry, Les Agréments, La Fenice, Choeur de chambre de Namur


Michel Corboz est quant à lui plutôt cuivré, clinquant et léger dans ce prélude de Te Deum, alors que le Te æternum Paterm est plus aérien et tourmenté.

Marc-Antoine Charpentier, Te Deum, Michel Corboz

Bonus

Vous pourrez retrouver ci-dessous la puissance mêlée à la subtilité dans cette vidéo avec Vincent Dumestre, Le Poème harmonique et Les Cris de Paris. Ecoutez également la voix ronde de la basse et les accents gracieux des sopranos.

Amazir Mebarki

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