Haendel : Sarabande


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Qui n’a jamais vu le chef d’œuvre de Stanley Kubrick qu’est le film Barry Lyndon de 1976 ? Qui n’a donc pas eu ainsi la chance d’entendre cette magnifique bande originale portant au pinacle la célèbre Sarabande de Georg Friedrich Haendel ?
Composée entre 1703 et 1706, la Sarabande de Herr Kapellmeister Haendel est une œuvre majeure du style baroque tardif allemand typique au début du XVIIIème siècle.
Qu’est-ce qu’une Sarabande ?
La Sarabande constitue le troisième des quatre mouvements composites d’une Suite Baroque – encore appelée par les Français, une Suite de Danse. L’équation est simple :


Située ainsi entre la Courante – de style français – et la Gigue – de style anglais – la Sarabande apporte la touche espagnole qui manquait à cette Suite Baroque.
Pourtant d’influence arabo-andalouse, le mouvement de Sarabande – à tempo lent – inspire la plus longue sensualité. Ce qui lui valut souvent l’interdiction de paroles, qui tournaient comme on l’imagine irrésistiblement autour des plaisirs charnelles. Danse endiablée donc, car la Sarabande eut la mauvaise réputation de corrompre les meilleurs esprits au cours de ses chorégraphies lubriques, que l’Inquisition d’Espagne accusait d’orner les occultes sabbats.
La plus connue des sarabandes ibériques n’est autre que la célèbre Folie d’Espagne (ou Folia). Cette œuvre baroque tant reprise – de J-B. Lully à Sergueï Rachmaninov – et dont Haendel s’inspira carrément pour un schéma en coupe réglée :
« Noire – Noire – Pointé – Croche » avec un allongement du deuxième temps à raison d’une mesure sur deux … ou encore un découpage en 3 parties sur un thème à deux variations, on y comptant trois temps par mesure … Voilà pour la science !

Quid de notre Sarabande d’Haendel ?

Revenons à la Sarabande d’Haendel … Composée originellement pour le clavecin, elle fut dotée récemment – grâce au travail de Stanley Kubrick – de sa première et remarquable version orchestrale. C’est à ce titre que si la Sarabande d’Haendel se hisse aujourd’hui sur la première marche des « Sarabande » dans les recherches Google – et devant même la Folie d’Espagne – c’est principalement grâce à cette version orchestrale composée spécialement pour orner le Barry Lyndon de Kubrick.
Encore plus saisissante par sa puissance, la Sarabande orchestrale d’Haendel, marque la plus majestueuse comme la plus solennelle version de sa célèbre Suite Baroque « classée d’inventaire : HW 437 ».

Quelles versions pour notre Sarabande d’Haendel ?

Version orchestrale n°1 : Leonard Rosenmann, le rénovateur.

Puissante comme originelle, cette première version orchestrale de la Sarabande haendelienne n’est autre que celle du brillant compositeur américain, Robert Rosenmann. Dépoussiérant ainsi cette suite tronquée, Rosenmann proposa à Stanley Kubrick le must en ce que l’on peut donner comme clef de voûte d’une bande originale. Frappante et feutrée à la fois, sa Sarabande est des plus solennelles. Ayant arraché l’œuvre dormante des profondeurs du XVIIIème siècle, Rosenmann la pimp’ – autant pour satisfaire les exigences dont Kubrick a besoin pour son film, que pour lui attribuer cette totalité orchestrale, où percussions et cordes entremêlés, la propulsent à la postérité.

Version orchestrale n°2 : La mélancolique d’Horst Sohm.


Cette seconde version orchestrale de notre sélection constitue la parfaite expression de l’idée même de la tendre mélancolie. Lente et saisissante – tel l’hiver qui fige les eaux – le compositeur allemand Horst Sohm y laisse pourtant voguer les longs violons du Copernics Chamber Orchestra. La Sarabande haendelienne qui nous propose Horst Sohm n’est finalement pas sans rappeler la sérénité hivernale régnante le long de son Danube natal.

Version orchestrale n°3 : Karol Teutsch, le réconciliateur.


Après les compositeurs américain et allemand, nous voici face à la plus profonde version de notre sélection. Celle du polonais Karol Teutsch. Gracieuse et emportée, la Sarabande que dirige Teutsch est sans nul doute celle réconciliant au mieux l’œuvre d’Haendel avec ce style si particulièrement profond que l’on prête – d’habitude –davantage à Jean-Sébastien Bach. Du Bach avec du Haendel en somme ! C’est ainsi l’audacieux pari qu’accompli avec brio le grand Karol Teutsch.

! BONUS ! Le marquis Segovia, guitare au poing.


Petit kiff pour les amoureux de la mandoline et autres luth. Cette version sonne le retour aux sources de la Sarabande avec la guitare du marquis Andrés Segovia. Volupté et précision se mettent ainsi en train pour cette Sarabande toute hispanique.

Amazir Mebarki

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