Découvrir l’opéra baroque


Oeuvres clés

  • Jacobo Peri, le Novateur – « Prologue » de L’Euridice (1600).
  • Claudio Monteverdi, l’Incontournable – « Ouverture » de L’Orfeo (1607).
  • Claudio Monteverdi, l’Incontournable – « Lamento » de L’Arianna (1608).
  • Francesco Cavalli, le Populaire – « Gli amori d’Apollo e di Dafne, Sinfonia e Prologo » de La Dafne (1640).
  • Francesco Cavalli, le Populaire – « Prologue et Acte I» de L’Orione (1653).
  • Giovanni Legrenzi, le Relayeur – « Lumi, potete piangere » de l’Il divisione del mondo

Un nouvel art, pour un nouveau siècle

1Pendant que les maîtres Flamands achevaient de peindre la vie sociale d’Europe du nord, l’Italie quant à elle, se hâtait de mettre en scène subtilement les passions humaines. 1600 sonna ainsi bien plus qu’une simple année ronde, elle marqua l’ouverture grandiose du grand siècle baroque. Le baroque, cette nouvelle ère orphique qui envoûtait alors tous les milieux artistiques de la latinité.

Mais c’est à Florence que la Camerata fiorentina – du célèbre Comte de Vernio – s’acharnait à rénover l’antique lyrisme gréco-latin. Tel un groupe de rock progressif allemand des années 1970, la Camareta fiorentina expérimentait tout un panel de nouvelles combinaisons mêlant le chant, l’orchestre, la poésie et le théâtre vers un nouvel art complet qu’elle baptisait « Opéra ». Elle accomplît ainsi la création d’un nouveau style récitatif complet, où le parler-chanter se mettait à nouveau en scène. Cet Opéra enfin, exaltant et profane, s’imposa rapidement comme le média de masse le plus à même de convertir ce nouveau siècle européen à la culture antique.

La musique

L’Opéra musical doit avant tout se comprendre comme l’évolution convergeante des styles du madrigal et de l’intermède. Ces deux formes musicales – tous deux issues de la Renaissance – permirent mieux que les autres, faire transparaître les affeti – soient les plus profondes émotions et passions humaines. Elaboré au sein des salons avant-gardistes florentins, gravitants autour de la Camerata fiorentina, un nouvel art polyphonique voyait le jour.  Particulièrement parlé, l’Opéra répondait au perfectionnement de la monodie accompagnée

Voix < Réponse > Voix ou Instruments3

Autres innovations techniques majeures enfin, l’intégration, tant audacieuse que novatrice, d’une ligne de basse continue, d’un choeur madrigal et d’une ritournelle (une mélodie courte à vocation accrocheuse).

La poésie

L’Opéra littéraire aussi poursuivait sa logique héritée de la Renaissance. Influencé par les grands humanistes italiens tel que Dante Alighieri, Pétrarque ou encore l’Arioste ; l’Opéra littéraire revisitait insatiablement les chants homériques, les Eneides de Virgile et autres Métamorphoses d’Ovide.  Recentrant ainsi férocement la culture latine d’avant-garde autour des mythes profanes et éternels de l’antiquité, l’Opéra italien fut indéniablement un humanisme tout en musique.


Mais qui étaient ces librettistes humanistes ?

Bien que masqués dans l’ombre des compositeurs, ces premiers librettistes demeuraient en réalité les artisans majeurs des idées novatrices que transportait le nouvel art. Fins littéraires enfin, ils s’arrachaient à grand prix par des compositeurs toujours plus avides de civiliser leur musique. Tel fut le sort du célèbre Ottavio Rinuccini qui n’écrivit pas moins que L’Euridice de Jacobo Peri (1600) et la légendaire Arianna de Claudio Monteverdi (1608). Ou encore doit-on noter le discret Alessandro Striggio (fils) qui rédigea l’incontournable Orphée monteverdien. Manipulant ainsi l’amour, la haine et l’héroïsme classique de l’ancienne mythologie gréco-latine, les premiers librettistes italiens oeuvrèrent subtilement à fournir le substrat idéologique d’un Opéra alors tout naissant.

Le théâtre

8L’Opéra acté incarne enfin le clou du spectacle. Le lieu déjà. Où se jouaient les premiers Opéra ?

S’il est coutume aujourd’hui que chaque grande ville possède son propre opéra, la chose en était bien moins évidente au début du XVIIème siècle. Calé entre le théâtre shakespearien et celui de Molière, l’Opéra italien des débuts proposa une qualité scénique tout à fait relative. Malgré cette faiblesse, les librettistes s’attachaient à acter leurs pièces, selon les règles du théâtre traditionnel.

L’Opéra et le théâtre était-il tant dissociables ? Evidemment non.

9La première forme du théâtre athénien fut bel et bien celle que l’Opéra italien du XVIIème siècle ne fit que rajeunir. En effet, plus de 2 000 ans avant Monteverdi & Co, c’était bien sous cette forme multidisciplinaire que s’interprétaient alors les chefs d’oeuvres de Sophocle, d’Euripide ou encore d’Aristophane. Ainsi, masques-orchestres-danses et poésies constituaient ce que les Grecs identifiaient déjà comme le théâtre. Mais l’Opéra des premières heures, bien que ne relevant pas d’un haut niveau d’interprétation, su néanmoins mettre subtilement les coeurs en émoi. Avec le profond Lumi, potete piangere de Giovanni Legrenzi et les cruels Lamento d’Arianna et Tu Sei Morta de Claudio Monteverdi, les premiers compositeurs et librettistes italiens se rendirent – malgré tout – les maîtres incontestés de la tragédie grecque.

Quant à l’Opéra-comique, il faudra attendre l’influence française suivante afin que l’Opéra ne puisse se doter durablement d’aptitudes théâtrales de qualité car devenus indispensables à l’art subtile de faire rire.

Pour étoffer le sujet

Amazir Mebarki

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