Strauss (Richard) : Salomé


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Salome, en français Salomé, est un opéra en un acte (op. 54) de Richard Strauss sur un livret de Hedwig Lachmann, tiré de la pièce de théâtre Salomé d’Oscar Wilde et créé le au Hofoper de Dresde.

Composition

Le livret de Hedwig Lachmann est une adaptation allemande très proche de Salomé d’Oscar Wilde, elle-même tirée d’Hérodias des Trois Contes de Gustave Flaubert.

Sur le conseil du poète viennois Anton Lindner, Strauss a commencé la composition en juillet 1903 et l’a terminée en août 1905 cependant qu’il travaille à la révision du Traité d’orchestration d’Hector Berlioz. Salomé a été créée au Hofoper de Dresde le sous la direction d’orchestre d’Ernst von Schuch avec Irene von Chavanne dans le rôle d’Herodias, Karel Burian dans celui d’Herode et Karl Perron (1858–1928) en tant que Jochanaan. La régie était assuré par Willi Wirk, la mise en scène par Emil Rieck (1852–1939), les costumes par Leonhard Fanto (1874–1958). L’orchestration généreuse, dans laquelle interviennent orgue, harmonium et percussions, s’inscrit dans la ligne tracée par Wagner, autant que l’utilisation systématique du leitmotiv. Dès le début de l’œuvre (qui ne comporte pas de prologue, comme souvent chez Strauss), on baigne dans l’univers musical straussien, raffiné et puissant, sublimé par la science de l’orchestration. La Danse des sept voiles est la partie orchestrale la plus connue et la plus jouée. L’œuvre est composée dans une forme continue avec des touches de tonalité libre. Cent deux musiciens sont nécessaires pour l’exécuter. La première représentation suscita un tel scandale que la soprano Marie Wittich refusa d’abord d’interpréter le rôle, et se serait écriée : « Je ne vais pas chanter ça ! Je suis une femme honnête ! », et elle exigea au moins de se faire doubler pour la danse… qu’au bout du compte elle interpréta malgré tout elle-même.

Argument

L’action se situe au début de l’ère chrétienne et se déroule sur une grande terrasse du palais d’Hérode, sous le règne d’Hérode Antipas.

La nuit, sur une terrasse du palais, Salomé, belle-fille d’Hérode, est observée avec passion par Narraboth, capitaine de la garde. Jochanaan (Jean-Baptiste), prophète est emprisonné dans une citerne pour avoir diffamé Hérode. Il proclame l’arrivée de Jésus, mais son appel rencontre l’incompréhension des gardes. Salomé entend le prophète. Elle parvient à convaincre les gardes de faire sortir Jochanaan afin de le voir. À la fois fascinée et apeurée par ses prophéties, Salomé se prend de passion pour cet homme. Narraboth ne peut supporter la scène et se tue à l’aide d’un poignard. Jochanaan est reconduit dans la citerne. Hérode, Hérodias et la Cour sortent sur la terrasse. Ils y trouvent Salomé et le cadavre de Narraboth. Hérode tente de distraire Salomé tandis que la voix du prophète retentit, s’en prenant à Hérodias. Une controverse s’ensuit entre celle-ci et Hérode tandis que Jochanaan annonce la venue du Messie. Hérode supplie Salomé de danser pour lui, promettant monts et merveilles. Celle-ci finit par accepter, au grand dam de sa mère. Hérode est subjugué, mais Salomé exige comme prix la tête de Jochanaan. Après avoir refusé, puis tenté de réduire son exigence, Hérode finit par céder et le bourreau descend dans la citerne. Il ressort, brandissant la tête du prophète dont Salomé s’empare. Elle lui parle et finit par baiser les lèvres tant désirées. Hérode, horrifié, donne l’ordre de tuer Salomé.

Scène I

Dès la toute première note de musique éclate le caractère sensuel de l’opéra et tout de suite on chante l’irrésistible beauté de la princesse Salomé. Narraboth est en conversation avec le page du roi Hérode. Il est désespérément amoureux de Salomé. Le page prévoit les catastrophes que pourrait apporter un tel amour. La lune, élément du décor, joue ici un rôle symbolique. Le page y voit l’image d’une femme en train de sortir de la tombe. Ce symbolisme de la lune reviendra à travers tout l’opéra. Différents personnages aperçoivent des choses différentes tandis que la couleur et l’éclat de l’astre changent eux aussi régulièrement selon l’état d’esprit qu’il exprime. Le fait que le page voie dans la lune une femme morte annonce tout de suite l’issue dramatique du récit et peut faire allusion au caractère névrotique de Salomé.

La voix de Jokanaan le Baptiste retentit soudain dans la citerne où on l’a enfermé. Il prophétise et annonce l’arrivée du Rédempteur, mais personne ne comprend ce qu’il dit. La plupart le regardent comme un fou abominable et étrange. Le roi Hérode l’a fait enfermer et interdit que quiconque lui adresse la parole. C’est seulement plus tard qu’on se rend compte qu’il a donné un tel ordre parce qu’il redoutait la sainteté de cet homme.

Scène II

Salomé apparaît sur la scène. Elle s’est retirée du banquet qui a lieu dans le palais et s’étonne en voyant que son beau-père, le roi Hérode, ne cesse de la regarder avec des yeux concupiscents. Dans l’attitude de la cour à cette minute apparaît clairement ce qui fait son caractère décadent : la perversion de l’inceste. La fonction symbolique de la lune ne doit pas être oubliée. Quand Salomé la regarde elle y voit une fleur d’argent, froide et pudique, comme la beauté de la jeune femme vierge qu’elle-même est encore.

Quand Jean à nouveau se met à prophétiser, il attire l’attention de Salomé. Elle comprend mieux ce qu’il dit et affirme que cet homme dit des choses terribles au sujet de sa mère Hérodiade. Celle-ci partage de façon scandaleuse la vie du frère de son mari assassiné et son nouvel époux est justement celui qui a organisé le meurtre. Jokanaan n’hésite pas à lui donner le nom de prostituée. On voit bien que Salomé s’intéresse à cet homme mystérieux et voudrait lui parler, même si Hérode l’a interdit. Parfaitement consciente de ce qu’une jeune fille peut obtenir par la séduction et décidée à l’obtenir coûte que coûte, elle s’adresse à Narraboth car elle ne s’est que trop rendu compte que celui-ci ne cesse de la regarder. Elle a peu de mal à le faire obéir, joue avec lui, le séduit, lui fait des promesses, utilise l’amour qu’il lui porte et finit par obtenir ce qu’elle veut : Narraboth ordonne qu’on retire Jokanaan de son cachot.

Scène III

Apparaît Jokanaan qui produit sur Salomé une impression intense. Le premier sentiment de la jeune femme est le dégoût mais il se tourne vite en adoration ! Elle est émerveillée par la beauté de son corps, la splendeur de ses cheveux et la sensualité de sa bouche. Elle veut baiser cette bouche et demande plusieurs fois au Baptiste de l’embrasser. Mais Jokanaan ignore cette insistance de la fille d’une prostituée et refuse. Son amour pour Salomé fait alors littéralement perdre la raison à Narraboth : incapable de la voir devenue folle pour un prophète insensé et repoussant, il se tue avec son épée et tombe aux pieds de celle qu’il aime. Salomé ne le remarque même pas. Salomé veut baiser la bouche de Jokanaan. Mais Jokanaan finit par la maudire et retourne dans sa citerne.

Scène IV

Le roi Hérode apparaît sur la scène avec la reine Hérodiade. Il est à la recherche de Salomé. La reine tente vainement de l’empêcher de regarder sa fille avec convoitise. À son tour il aperçoit la lune et y voit l’image d’une femme folle et ivre. Il se sent d’humeur lubrique ! Hérodiade est la seule à voir la lune comme elle est réellement. Elle est parfaitement consciente des intentions incestueuses d’Hérode. Elle réalise également que les accusations continuelles de Jokanaan contre elle peuvent nuire à son image de reine, puisqu’elles sont exactes. Elle ne souhaiterait donc rien tant que de voir le prophète condamné à mort, mais on sait qu’Hérode se refuse à le faire exécuter, de peur qu’il ne s’agisse d’un homme de Dieu. La crainte du roi est reflétée aussi symboliquement dans le vent froid et vif qui surgit soudain et qu’Hérode est le seul à ressentir. Ce vent toutefois disparaît aussi vite qu’il était venu et Hérode continue à festoyer. Sa décadence est encore une fois mise en relief quand il remarque le cadavre de Narraboth. Il ne s’occupe pas de savoir pourquoi et comment il est là mais donne l’ordre qu’on le fasse disparaître au plus vite. Hérode veut festoyer sans être dérangé. Il demande à Salomé de danser pour lui. Elle commence par refuser, mais comme Hérode, dans son désir lubrique, lui jure qu’elle pourra lui demander tout ce qu’elle voudra, elle exécute devant lui une danse d’un érotisme extrême, la « danse des sept voiles ».

Quand Salomé a terminé sa danse, Hérode au comble de l’excitation lui demande ce qu’elle veut. Elle a trouvé maintenant l’occasion de se venger de l’indifférence de Jokanaan vis-à-vis d’elle, et elle réclame qu’on lui apporte sa tête sur un plateau d’argent. Hérode commence par refuser mais il doit bien admettre qu’il a juré de lui donner ce qu’elle voudrait. Hérodiade se réjouit elle aussi que cet homme finisse par disparaître et intervient pour hâter son exécution. On atteint le moment le plus important de l’opéra quand on apporte la tête coupée et sanglante de Jokanaan sur un grand plat d’argent à Salomé. « Ah ! Tu n’as pas voulu me laisser embrasser ta bouche, Jokanaan ! dit-elle, maintenant je vais l’embrasser ! » et Salomé embrasse la bouche de la tête coupée du prophète. Hérode a beau être décadent, c’est plus qu’il n’en peut supporter. Il ordonne de la tuer. L’opéra s’achève sur les soldats qui se ruent sur Salomé et l’étouffent sous leurs boucliers.

Le rôle de Salomé

Les exigences vocales pour le rôle de Salomé sont les mêmes que pour une Isolde, une Brünnhilde ou une Turandot dans la mesure où, dans l’absolu, le rôle demande le volume, l’endurance et la puissance d’une vraie soprano dramatique. La difficulté commune de ces quatre rôles est de trouver une soprano idéale qui possède un timbre dramatique tout en étant capable d’avoir l’apparence et le comportement d’une adolescente (l’âge normal de Salomé et des trois autres personnages).

L’ambitus exigé par le rôle-titre est plus problématique : la plus haute note est un si aigu, ce qui n’est pas anormal pour une soprano ou une mezzo-soprano, alors que la plus basse est un sol bémol grave dans le registre alto (et normalement au-dessous du registre d’une mezzo-soprano « standard »). Compte tenu d’une telle tessiture, qui ressemble à celle de nombreux rôles de mezzo comme Carmen et Amneris, on pourrait croire qu’un soprano aigu n’est pas essentiel à la pièce, mais c’est bien le contraire ; la plupart des sopranos graves qui ont abordé ce rôle ont imposé un tel effort à leur voix tout au long de l’opéra, qu’elles se retrouvaient épuisées au moment de la scène finale (la partie la plus éprouvante pour le rôle-titre). Ce rôle est l’exemple classique de la différence qui existe entre tessiture et ambitus : tandis que des mezzos peuvent exécuter une note aigüe (comme dans Carmen), ou même soutenir temporairement une tessiture tendue, il est impossible pour une cantatrice de chanter aussi longtemps (avec le souffle et le contrôle de la respiration nécessaires) dans l’octave au-dessus du do médium, sauf s’il s’agit d’un soprano aigu. En outre, le sol bémol grave apparaît deux fois dans l’opéra, et dans les deux cas, il est pp (pianissimo), avec un effet plus théâtral que musical. Il est donc possible qu’il soit « grogné » plutôt que chanté. Les autres notes graves requises ne sont pas plus basses que le la naturel grave et elles sont également mezzo voce.

Outre les exigences quant à sa voix et à son physique, le rôle requiert également l’agilité et la grâce d’une ballerine prima donna quand il faut exécuter la célèbre « danse des sept voiles ». Trouver un artiste possédant toutes ces qualités relève de la gageure. Et pourtant Maria Cebotari, Ljuba Welitsch, Inge Borkh, Birgit Nilsson, Leonie Rysanek, Montserrat Caballé, Anja Silja, Phyllis Curtin, Karan Armstrong, Teresa Stratas (dans le film), Hildegard Behrens, Cheryl Studer, Dame Gwyneth Jones, Catherine Malfitano , Maria Ewing, Julia Migenes et Karita Mattila sont parmi les plus dignes d’être rappelées qui ont affronté un tel rôle au cours du dernier demi-siècle. Chacune d’elles a apporté au rôle-titre sa propre façon de le comprendre.

L’enregistrement le plus célèbre de cet opéra est peut-être celui de sir Georg Solti chez Decca Records avec Birgit Nilsson, laquelle a donné à son personnage un aspect particulièrement dramatique et effrayant. La complexité du rôle avec ses exigences a amené certaines interprètes à se limiter à la partie vocale préférant laisser la partie dansée à des doublures qui étaient des danseuses professionnelles. D’autres n’ont pas eu peur d’interpréter l’une et l’autre et de se charger elles-mêmes de la danse. Dans les deux cas, à la fin de la « danse des sept voiles », certaines sopranos (ou leurs remplaçantes) conservent un collant après avoir laissé tomber le dernier voile, tandis que d’autres de plus en plus nombreuses (notamment Ewing, Malfitano et Mattila) ont fait le choix d’aller jusqu’au bout.

Propositions d’écoute

Version Klassik se propose de vous fournir un contenu pertinent et intéressant pour toute la musique classique, mais cela prend du temps. D’ici à ce que cela soit achevé, nous vous proposons une ébauche d’article copié de Wikipédia (et donc sous licence Creative Commons) et agrémentée de vidéos.

 

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