Stravinsky : Le Sacre du printemps


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Le Sacre du printemps (en russe, Весна священная), sous-titré Tableaux de la Russie païenne en deux parties, est un ballet composé par Igor Stravinsky et chorégraphié originellement par Vaslav Nijinski pour les Ballets russes de Serge de Diaghilev.

Sa création au théâtre des Champs-Élysées à Paris, le a provoqué un scandale artistique. Dans le Sacre, Le Sacre du printemps approfondit les éléments déjà expérimentés avec ses deux premiers ballets, L’Oiseau de feu et Petrouchka, soit le rythme et l’harmonie. L’un est constitué d’un dynamisme sans précédent, alors que l’autre repose en partie sur l’utilisation d’agrégats sonores. On considère aujourd’hui la partition de Le Sacre du printemps comme une des œuvres les plus importantes du XXe siècle qui a inspiré de nombreux chorégraphes tels que Maurice Béjart, Pina Bausch, Jean-Claude Gallotta, Angelin Preljocaj, Martha Graham, Uwe Scholz ou Emanuel Gat, qui en donneront leurs propres versions.

Historique

La composition

L’idée du Sacre du printemps vint à Stravinsky en 1910, alors qu’il travaillait encore sur L’Oiseau de feu. « J’entrevis dans mon imagination le spectacle d’un grand rite sacral païen : les vieux sages, assis en cercle, et observant la danse à la mort d’une jeune fille, qu’ils sacrifient pour leur rendre propice le dieu du printemps », écrit le compositeur dans ses Chroniques. Aussitôt, il en parla à son ami Nicolas Roerich, peintre et spécialiste de l’antiquité slave. Mis au courant, Diaghilev décide que l’argument sera élaboré par Roerich et Stravinsky. Quoique les grandes lignes de l’argument aient été écrites au cours de l’été 1910, il ne prendra sa forme définitive qu’un an plus tard.

Le Sacre devait originalement être joué durant la saison de 1912 des Ballets russes, Stravinsky a presque terminé le premier tableau en décembre 1911. Cependant, un retard dans la préparation de L’Après-midi d’un faune voit le Sacre reporté à la saison suivante. Le compositeur peut donc travailler sans hâte à son ballet. Il achève la composition le 17 novembre 1912 à Clarens et l’orchestration finale est datée du 8 mars 1913.

Le scandale de la création

L’œuvre a été créée par les Ballets russes de Diaghilev le au Théâtre des Champs-Élysées à Paris, avec Pierre Monteux à la direction de l’orchestre. La chorégraphie de Vaslav Nijinski, tout comme la musique d’Igor Stravinsky, plaçant le rythme comme élément principal de l’œuvre, provoquèrent un chahut qui est resté célèbre, ses détracteurs qualifiant l’œuvre de « Massacre du printemps ». Toutefois, la veille, la générale s’était déroulée dans le calme, en présence de Claude Debussy, de Maurice Ravel et de nombreux autres intellectuels, ainsi que de la presse parisienne. Le compositeur décrit ainsi la représentation dans ses Chroniques de ma vie : « [J’ai] quitté la salle dès les premières mesures du prélude, qui tout de suite soulevèrent des rires et des moqueries. J’en fus révolté. Ces manifestations, d’abord isolées, devinrent bientôt générales et, provoquant d’autre part des contre-manifestations, se transformèrent très vite en un vacarme épouvantable. » À ce moment, Nijinski, qui était en coulisses, debout sur une chaise, criait les indications aux danseurs qui n’entendaient plus l’orchestre. De son côté, Diaghilev ordonnait aux électriciens d’allumer et d’éteindre les lumières en alternance pour tenter de calmer l’assistance.

Le compositeur est par ailleurs très critique vis-à-vis du danseur et chorégraphe, tel qu’il l’écrit dans ses Chroniques en 1935 : « L’impression générale que j’ai eue alors et que je garde jusqu’à présent de cette chorégraphie, c’est l’inconscience avec laquelle elle a été faite par Nijinski. On y voyait nettement son incapacité de s’assimiler et de s’approprier les idées révolutionnaires qui constituaient le credo de Diaghilev, et qui lui étaient obstinément et laborieusement inculquées par celui-ci. On discernait dans cette chorégraphie plutôt un très pénible effort sans aboutissement qu’une réalisation plastique, simple et naturelle, découlant des commandements de la musique. » Cependant, sur le vif, Stravinsky avait approuvé la chorégraphie de Nijinski, écrivant au compositeur Maximilien Steinberg le 3 juillet 1913 : « La chorégraphie de Nijinski était incomparable ; à l’exception de quelques endroits, tout était comme je le voulais. »

La glorification

Quelques jours après la première représentation du Sacre, Stravinsky tombe malade et passe six semaines dans une maison de santé à Neuilly-sur-Seine. Pendant ce temps, le Sacre est accueilli ni scandaleusement, ni glorieusement, à sa première audition londonienne, le 11 juillet, suivies de trois autres la même année, avant que Serge Diaghilev ne retire cette pièce du répertoire des Ballets russes, au motif qu’elle ne rencontrait pas la faveur du public. Ce n’est que l’année suivante, en avril 1914, que le compositeur connaîtra le triomphe. Après une audition en concert à Paris, le musicien est porté dans les rues à bout de bras par ses admirateurs.

Argument

Le Sacre du printemps ne comprend pas d’intrigue. « C’est une série de cérémonies de l’ancienne Russie », précise le compositeur en interview le 13 février 1913.

Voici les notes de programme que les spectateurs avaient entre leurs mains lors de la première représentation, le 29 mai 1913 :

« Premier tableau : L’Adoration de la terre

Printemps. La terre est couverte de fleurs. La terre est couverte d’herbe. Une grande joie règne sur la terre. Les hommes se livrent à la danse et interrogent l’avenir selon les rites. L’Aïeul de tous les sages prend part lui-même à la glorification du Printemps. On l’amène pour l’unir à la terre abondante et superbe. Chacun piétine la terre avec extase.

Deuxième tableau : Le Sacrifice

Après le jour, après minuit. Sur les collines sont les pierres consacrées. Les adolescentes mènent les jeux mythiques et cherchent la grande voie. On glorifie, on acclame Celle qui fut désignée pour être livrée aux Dieux. On appelle les Aïeux, témoins vénérés. Et les sages aïeux des hommes contemplent le sacrifice. C’est ainsi qu’on sacrifie à Iarilo, le magnifique, le flamboyant [dans la mythologie slave, Iarilo est le dieu de la nature]. »

Chacun des deux grands tableaux débute par une introduction et comprend un certain nombre de danses menant à la Danse de la terre ou à la Danse sacrale. Voici les titres donnés à chacune des danses du Sacre du printemps :

  • Premier tableau : L’adoration de la terre
  1. Introduction (Lento – Più mosso – Tempo I)
  2. Augures printaniers — Danses des adolescentes (Tempo giusto)
  3. Jeu du rapt (presto)
  4. Rondes printanières (Tranquillo – Sostenuto e pesante – Vivo – Tempo I)
  5. Jeu des cités rivales (Molto Allegro)
  6. Cortège du Sage (Molto Allegro)
  7. L’Adoration de la Terre (Le Sage) (Lento)
  8. Danse de la terre (prestissimo)
  • Second tableau : Le sacrifice
  1. Introduction (Largo)
  2. Cercles mystérieux des adolescentes (Andante con moto – Più mosso – Tempo I)
  3. Glorification de l’élue (Vivo)
  4. Évocation des ancêtres (Lento)
  5. Action rituelle des ancêtres (Lento)
  6. Danse sacrale (Allegro Moderato, croche=126)

Œuvre de rupture, contrairement aux précédents compositeurs russes qui acceptaient les techniques symphoniques allemandes, Stravinsky pour son Sacre du printemps a utilisé des méthodes complètement « antisymphoniques », avec des éléments non développés. Des blocs de contraste séparés sont juxtaposés comme une mosaïque, et les mouvements accumulent des lignes individuelles et des images rythmiques pour générer un crescendo de son et d’activité. Chacune des deux parties commence par une musique lente et calme, puis finit par une explosion. Les rythmes sont soit répétitifs, sur des ostinatos statiques, soit très dynamiques, avec des accents sans cesse déplacés (à tel point que le compositeur lui-même savait jouer la Danse sacrale mais ne savait pas la retranscrire).

De plus, bien qu’il ait dit n’en avoir utilisé qu’une seule pour toute l’œuvre (la mélodie d’ouverture du basson, lituanienne), il a transformé une douzaine de mélodies slaves provenant des anciennes festivités pour Le Sacre du printemps. Certaines d’entre elles étaient d’ailleurs éditées par son professeur, Rimsky-Korsakov. Aucune n’est à l’état brut, mais transformée. La manière avec laquelle il a basé sa musique complexe sur de tels matériaux bruts est une manifestation extrême de la tradition nationale de laquelle il est issu.

Propositions d’écoute

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