Bizet : Carmen


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Carmen est l’opéra le plus connu de Georges Bizet, et l’un des plus connus de tout le répertoire, y compris par ceux qui ne fréquente guère les théâtres. Son histoire commence par l’échec de son œuvre précédente, Djamileh en 1873 . Une nouvelle commande arrive de l’Opéra-Comique, où Bizet est chef de chant. Il lui vient l’idée d’un opéra basé sur la nouvelle de Prosper Mérimée, Carmen. Les librettistes, Meilhac et Halévy, sont enthousiastes ; en revanche, la direction de l’Opéra-Comique est effrayée par l’idée : « Tachez de ne pas la faire mourir [Carmen] ! La mort à l’Opéra-Comique ! Cela ne s’est jamais vu ! ».

Bizet commence la composition, mais s’interrompt pour une adaptation du Cid, mais la salle qui doit le créer est prise par les flammes. En 1874, la partition est bouclée et les répétitions commencent, les problèmes aussi. L’orchestre le juge injouable et les choeurs inchantable, s’y ajoute des difficultés de jeu scénique au premier acte. L’oeuvre est finalement créée le 3 mars 1875, en présence de Delibes, Gounod, d’Indy, Massenet, Offenbach, Daudet et Dumas-fils. C’est un « fiasco légendaire » : autant les deux premiers actes sont conclus sous les applaudissements unanimes du public, autant les deux derniers surprennent par leur « réalisme » et le sang sur scène. La musique est jugée « bizarre » et l’oeuvre mélange les genres. Il faut dire que l’Opéra-Comique, qui a perpétué une tradition de gaieté et de fin heureuse, s’offusque de la mort de Carmen, qui déclenche un scandale.

L’opéra sera tout de même représenté 45 fois en 1875, et trois fois en 1876, avant de disparaître pour quelques années du répertoire. Tchaïkovsky assiste à l’une des dernières et en sortira bouleversé ; il s’inspirera de l’oeuvre pour ses futurs opéras.

Alors qu’il choque Paris, l’opéra triomphe rapidement partout en Europe. De Vienne à Londres et de Naples à Anvers, Carmen est un succès éclatant, mais la capitale française attendra 1883 avant de le redonner. Depuis, Carmen est une œuvre parmi les plus jouées. Comme le rappelle Kaminski dans 1001 Opéras : « il sera plus simple de dire que Carmen a été donné toujours et partout, et que tout le monde l’a chantée, dans toutes les langues ».

Sur le plan littéraire, Nietzsche en a fait un champion contre la névrose wagnérienne, une sorte de lumière de Méditerrannée, créé par un jeune français qui n’a jamais mis les pieds en Espagne.

Enregistrements

Quelle incroyable musique chez Prêtre ! L’ouverture et les chœurs sont resplendissants, Callas vient sublimer l’ensemble dans ce qui est avec certitude le meilleur enregistrement de Carmen.

 Bizet, Carmen, Georges Prêtre avec l’Opéra de Paris, Maria Callas, Nicolai Gedda

Sources

KAMINSKI, Piotr, Mille et un opéras, Editions Fayard, 2004

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