Donizetti : L’Elisir d’amore


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L’histoire de L’Elisir d’amore commence en 1832 avec la commande du Teatro della Canobbiana, rival de La Scala de Milan. Son impresario a en effet besoin d’un opéra sous peu, suite à un trou dans la programmation. C’est un opéra écrit en un temps record, une semaine pour le livret de Romani (certes une adaptation, mais quand même !) et Donizetti écrit la partition vraisemblablement en un mois. L’opéra sort un mois plus tard, avec une distribution sur laquelle le compositeur parlait en très mauvais termes. Dès sa création, l’opéra enflamme Milan puis l’Italie et bientôt l’Europe et même le Nouveau Monde et reste la pièce majeure de l’oeuvre de Donizetti.

Perle de l’opéra bouffe, L’Elisir d’amore allie à une intrigue légère et soignée une partition inégalable. D’abord, le livret est simple, clair et sans longueurs : l’histoire avance et on ne s’y ennuie pas. Ce qui n’est pas toujours le cas dans les autres pièces. De plus, l’oeuvre mêle la comédie la plus facile à des personnages étonnement subtils pour un opéra bouffe. Au niveau de la musique, c’est ici que Donizetti réussit à « devenir Donizetti », c’est-à-dire à se libérer de Rossini – celui qui invente presque à lui seul l’opéra romantique – tout en conservant son énergie, sa vitalité.

Conseils d’écoute

  • L’ouverture
  • Les airs « Quanto e bella », « La la la la la » (la chanson de l’homme ivre), « Una furtiva lagrima » (Nemorino)
  • L’air « Benedette questa care » (Adina)
  • L’air « Udite, udite, o rustici » (le Docteur)
  • Les airs « Come paride vezzoso », « Signor sargente » (Belcore)
  • Le finale « Ei corregge ogni difetto » (Tous)

Enregistrements

De tous les enregistrements que j’ai pu écouter, le plus excellent, le plus fantastique est un DVD, enregistré à l’Opéra de Vienne en 2005. Un diamant poli : la musique par l’Orchestre du Wiener Staatsoper et Alfred Eschwe accompagne parfaitement un parterre de chanteurs éblouissants, chacun pétille dans son rôle et met de la magie dans ces deux heures de spectacle. Regardez Anna Netrebko qui pétille dans Benedette questa care (9:00 – 12:00) en compagnie de Rollando Villazon qui se fait bisser dans « Una furtiva lagrima » (ce qui est extrêmement rare !) à 1:40:50. Le sergent Belcore (Leo Nucci) et le Docteur Dulcamara (Ildebrando d’Arcangelo) sont toujours aussi convaincants dans leurs rôles : regardez le Docteur faire sa petite danse de robot avec Netrebko qui mime la marionette à 1:13:20. De même, la comédie de Villazon à 48:50. La mise en scène est pleine d’un charme désuet. Quel moment !

Alfred Eschwe avec le Wiener Staatsoper, Anna Netrebko, Rolando Villazon, Ildebrando d’Arcangelo, Leo Nucci

Si vous souhaitez une alternative, Evelino Pido avec l’Opéra de Lyon a enregistré un très bon Elisir d’amore, qui ne vaut pas celui de Vienne, vocalement parlant, notamment dû à une prise de son moins bonne. Un aperçu vous donnera l’idée de la mise en scène


Evelino Pido avec l’Opéra National de Lyon, Roberto Alagna, Angela Gheorghiu, Somine Alaimo, Roberto Scaltriti

Tullio Serafin a su également nous livrer une bonne alternative (CD) de l’Elisir d’amore, dans une version où la musique, comme les chanteurs, sont d’un niveau très équilibré et satisfaisant. Si vous en supportez le grésillement sonore.

Tullio Serafin avec La Scala de Milan, Luigi Alva, Rosanna Carteri, Rolando Panerai, Giuseppe Taddei

Argument

L’intrigue se situe, selon le livret, à l’entrée d’une ferme. « Campagne en fond où coule un ruisseau, sur les rives duquel des lavandières préparent le linge. Au milieu un grand arbre sous lequel se trouve Gianetta, les batteuses et les moissonneuses. Adina est assise en marge. Nemorino l’observe de loin »

Rapidement, c’est l’histoire de Nemorino, un garçon de ferme amoureux de la belle et riche Adina. Quand vient un sergent dans le village et fait la cour à la jeune femme, Nemorino est prêt à tout pour qu’elle tombe amoureuse de lui. Surgit alors un charlatan, le Docteur Dulcamara, qui propose tout une collection de remèdes fantastiques. Nemorino lui demande ainsi s’il possède un philtre d’amour ; le docteur en possède bien sûr un, qu’il lui vend. Le remède met une journée à agir et le charlatan pense être déjà loin quand le simple d’esprit aura remarqué la supercherie. La boisson est fort agréable et sent une douce chaleur l’envahir : le benêt boit en effet du vin de Bordeaux !

Il croise ensuite Adina, et pour une fois l’ignore. La belle est piquée au vif et pour le rendre jaloux, elle accepte d’épouser le sergent le lendemain.

L’acte deux commence par la célébration des noces prochaines du sergent et d’Adina. Elle guette toujours Nemorino, sans succès. Dulcamara le trouve à l’écart, desespéré, car Adina sera mariée avant même que l’élixir n’ait agi. Le bon docteur lui suggère une autre bouteille, cela rendrait le philtre efficace à l’instant ; mais le benêt n’a plus un sou pour plus d’élixir.

Nemorino décide donc de s’engager dans l’armée : il pourra s’acheter une autre dose avec l’accompte.

A la scène suivante, on voit les paysannes qui apprennent que l’oncle de Nemorino est mort, lui laissant toute sa fortune : maintenant, quel bon parti ! Le garçon de ferme revient enivré après avoir bu toute la bouteille, et magie ! Toutes les femmes ont l’air charmées. Le docteur est tout aussi étonné que son patient, et comprend, ravi, que son élixir donne non seulement l’amour, mais aussi la fortune. Adina apprend aussi que Nemorino s’est engagé dans l’armée pour séduire une mystérieuse inconnue. Il se désengagera en voyant que la belle a eu une larme d’émotion en le sachant partir. Elle lui déclare finalement sa flamme, et tout le village célèbre l’élixir magique du Docteur « Vive le grand Dulcamara, le phénix des docteurs ».

 

Sources

KAMINSKI, Piotr, Mille et un opéras, Editions Fayard, 2004

 

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