Grieg : Peer Gynt


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Avant de commencer cet article, je vous avoue que mes connaissances sur Peer Gynt se limitaient à l’air « Au matin », célèbre pour avoir figuré dans maintes publicités, et « Dans le hall du roi des montagnes » ; j’avais vaguement compris qu’il s’agissait d’un norvégien qui partait pour l’Afrique, mais voilà l’éventail de mon savoir sur cette œuvre. Peer Gynt est bien plus que cela, c’est l’histoire d’un vaurien, fabuleux conteur et mégalomane rêvant d’être « Empereur du monde », dont la « quête de soi » le mènera vers le lointain.

Lorsqu’en 1874 le dramaturge Henrik Ibsen a besoin d’une musique de scène pour sa dernière œuvre, il demande à Edvard Grieg de bien vouloir s’en charger. Dans une situation financière précaire, le compositeur accepte d’écrire ce qui sera Peer Gynt, son plus grand succès encore aujourd’hui. L’oeuvre paraît à Oslo, alors Christiania, le 24 février 1876.
Dix ans plus tard, Grieg choisit quelques numéros de sa musique scénique afin d’en tirer deux suites pour orchestres, qui ne suivent pas la chronologie de l’histoire. La première compte :

  • Au matin, la plus célèbre page de l’oeuvre. « J’imagine le soleil qui perce les nuages au premier forte ». L’action est censée se passer au Maroc, mais l’air évoque bien plus le charme froid du Nord que l’aurore des terres chaudes d’Afrique.
  • La mort d’Ase, la mère de Peer Gynt.
  • La Danse d’Anitra, sur fond d’Afrique du Nord. Le héros est pris pour un prophète et un sheik l’invite à sa table et Anitra danse pour le charmer.
  • Dans le hall du roi des montagnes, où le héros est conduit devant le roi des trolls.

La seconde comporte :

  • La Plainte d’Ingrid, la fiancée de Peer Gynt qui est abandonnée le lendemain des noces.
  • La Danse arabe, joyeuse et colorée, mais à peine orientale.
  • Le Retour de Peer Gynt, dont le bateau est pris dans une tempête.
  • La Chanson de Solveig, d’un amour fidèle envers Peer Gynt.

Enregistrements

Si vous cherchez simplement la musique de Peer Gynt, ses suites orchestrales, la version de Karajan est celle qu’il vous faut : entre douceur, charme et grandiose, il n’y a que du bon là-dedans.

Edvard Grieg, Peer Gynt, Herbert von Karajan avec le Berliner Philarmoniker


Si vous souhaitez la pièce complète, je vous recommande Blomstedt avec le San Francisco Orchestra. L’orchestration est de toute beauté et le tout est vraiment charmant. Cela déroute, puisque la pièce est en norvégien, mais dans la chanson de Solveig, la complainte est éblouissante.

Edvard Grieg, Peer Gynt, Herbet Blomstedt avec le San Francisco Symphony


Tourniaire vous propose une pièce complète de très bonne facture. Le grand avantage est que c’est en français !

Lien Amazon (MP3) : Edvard Grieg, Peer Gynt, Guillaume Tourniaire avec l’Orchestre de la Suisse Romande

Histoire de la pièce

Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle est tirée par les cheveux.

Premier acte

Dans la campagne de Norvège, Peer Gynt, un jeune homme de vingt ans, vit avec sa mère Ase. C’est un bon à rien, affabulateur, qui vient encore une fois de lui raconter une magnifique histoire afin d’échapper aux travaux des champs. Plus tard, il apprend qu’Ingrid, la fille d’un riche fermier, va se marier à un semi idiot. Peer se rend aussitôt à la noce, où l’on danse et y rencontre deux sœurs : Solveig et Helga. Il est tout de suite charmé par la première, qui se refuse à lui. Alors que la mariée refuse de s’unir ce soir, Peer Gynt la kidnappe et gravit avec elle la montagne.

Deuxième acte

On retrouve Peer Gynt et Ingrid tôt le matin. Elle est encore à moitié dévêtue. La femme séduite cherche à rester auprès de lui, mais il souhaite son départ. Il rencontre plus tard trois filles, un peu faciles et encore séduites par le jeune homme, et l’entraînent dans les montagnes. Par mégarde, il se heurte à un rocher et s’évanouit. A son réveil, il aperçoit à ses côtés une jeune femme. C’est la fille du roi des montagnes. Il la séduit en se prétendant fils de roi, lui l’enfant de paysans. Elle l’emmène auprès de son père. Il lui propose de quitter ses travers humains en adoptant les yeux des trolls, par la chirurgie, mais Peer Gynt refus et demande à partir. Les trolls se mettent en colère, car cela est interdit. Par chance, des cloches sonnent au loin et éloignent les monstres. La scène suivante se passe dans d’épaisses ténèbres, il y fait la connaissance du Grand Courbe (un personnage légendaire dont Ibsen fait le symbole de l’hypocrisie sociale), et des oiseaux sous ses ordres tentent de le tuer. Heureusement, les mêmes cloches et des cantiques font disparaître ces mauvaises gens. Le jeune homme se réveille alors dans une ferme, auprès d’Helga et Solveig ; ce sont elles qui ont sonné les cloches. Solveig, amoureuse de Peer, ne supporte pas de le voir et s’enfuit. Il dit alors à Helga : « Demande-lui seulement de ne pas m’oublier ».

Troisième acte

Peer Gynt abat des arbres dans la fôret, et se construit une cabane. Il aperçoit une jeune femme : c’est Solveig qui le rejoint, elle a tout abandonné pour le rejoindre. Soudain apparaît la fille du roi de la montagne, en présence d’un enfant. Elle lui assure qu’il en est le père. Peer décide alors de partir ; il part annoncer son départ à Solveig, qui n’était pas présente plus tôt, elle lui répond « Je t’attendrai ». Il retourne auprès de sa mère, qu’il retrouve mourante. Ils se content ensemble une dernière histoire avant qu’elle n’expire. Puis le moment passé, Peer décide de partir vers le lointain.

Quatrième acte

On retrouve Peer Gynt en ces lieux : « Sur la côte sud-ouest du Maroc. Un bois de palmiers. Tentes, nattes table dressée. Plus loin, dans le bois, des hamacs. Près de la côte, un yacht à vapeur, battant pavillon norvégien et américain. Amarrée à, la côte, une yole. Déclin du jour. » Il est devenu un bel homme, « entre deux âges » et dîne en présence d’hommes d’affaires de toute de l’Europe. Il leur explique avoir gagné beaucoup dans la traite des Noirs vers les Amériques et dans la vente d’idoles en Chine. Peer Gynt leur annonce ensuite qu’il compte devenir… Empereur du Monde, et qu’en attendant, il va profiter du soulèvement grec pour faire de belles affaires avec les Turcs. Le marchant s’absente un instant et voici que ses hôtes s’emparent du yacht. Peer lève alors les yeux au ciel et implore Dieu de lui venir en aide. Au loin, on voit le bateau partir en cendres, avec tout son or. Il erre, et fabule en maître de l’Afrique, lorsqu’apparaît… le cheval blanc de l’empereur avec son costume avec nombre de bijoux. Plus tard, Peer Gynt arrive dans la tente d’un chef arabe : on le prend pour un prophète. Il y fait la rencontre de la belle Anitra ; elle est plutôt attirée par ses richesses. Plus tard, Anitra l’abandonne dans le désert. Un court interlude s’amorce, en Norvège ; on y voit Solveig chanter son espoir de revoir Peer Gynt revenir. L’homme est maintenant face au Sphinx de Gizeh et rencontre ce qui est la caricature d’un philosophe allemand, qui l’emmène dans un… asile d’aliénés où les locaux boiront assez vite les paroles de leur nouveau maître, l’Empereur Gynt.

Cinquième et dernier acte

Il se situe en ces termes « A bord d’un bâtiment longeant la côte de Norvège. Coucher de soleil. Temps houleux. » Peer Gynt est devenu un vieillard à la barbe et aux cheveux blancs, qui rentre au pays. Il fait soudain la rencontre d’un passager inconnu, qui lui demande de lui offrir son cadavre. Plus tard une tempête arrive et le bateau coule. Peer Gynt se retrouve dans un canot et y rencontre à nouveau le passager inconnu. Plus tard, il revoit des personnes de sa jeunesse, qui parlent de Peer Gynt comme d’une légende, celle d’une « espèce de méchant conteur », qui serait mort au loin depuis longtemps. Par la suite, il se retrouve dans une forêt à cueillir des oignons sauvages. Il rencontre ensuite une foule de personnages : le spectre de sa mère, un fondeur de boutons, le roi des Trolls et enfin le Diable sous les traits d’un « personnage maigre ». Il arrive ensuite auprès de Solveig, restée l’attendre. Elle restera à s’occuper de l’enfant qui sommeille en lui « Je te bercerai, mon enfant ; Sur mon coeur repose en rêvant. »

Sources

http://www.theatre-odeon.eu/fichiers/t_downloads/file_56_dpd_4_10.pdf

TRANCHEFORT, François-Marie, Guide de la musique symphonique, Editions Fayard, 1987.

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