Verdi : Don Carlos


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Don Carlos est un « grand opéra à la française » en cinq actes de Giuseppe Verdi, sur un livret de Joseph Méry et Camille du Locle, d’après Friedrich von Schiller, créé le à l’Opéra de Paris.

Remanié en 1884, il devient Don Carlo pour la scène italienne. C’est dans la traduction italienne qu’il conquiert les scènes mondiales, donnant lieu au mythe d’une version italienne, alors que les deux versions (1866-67 et 1884) furent composées sur un texte français.

Il serait presque vain d’affirmer que Don Carlos est une œuvre capitale dans l’œuvre entière de Verdi, si de nombreux sceptiques, voire des admirateurs de Verdi, n’étaient encore d’un avis contraire. La compréhension d’une œuvre aussi géniale et complexe que cet opéra n’est pas aisée, d’autant qu’elle appartient à une époque qui n’est plus la nôtre, et que son compositeur a eu le temps, de 1839 à 1893, de changer profondément son style.

En 1864, Verdi est un compositeur reconnu du monde entier. Il a fait représenter en 1862 La Forza del Destino à Saint-Pétersbourg, qui a été un triomphe. En 1865, il doit revenir à Paris pour des reprises des Vêpres et de Macbeth, mais ces deux affaires ne tournent pas bien, et Verdi ne se sent pas d’écrire un nouvel opéra pour la « grande boutique », d’autant que Meyerbeer y triomphe avec L’Africaine. Cependant, la direction de l’opéra ne désarme pas, et elle parvient à arracher à Verdi l’engagement d’écrire une nouvelle œuvre (et après de longues négociations sur le choix du livret, arrêté sur Schiller), le Don Carlos.

Verdi travailla à la partition de 1865 jusqu’à 1867, non sans peine, d’autant que la guerre qui opposa la France et l’Italie le poussa à vouloir rompre son contrat. Mais le directeur de l’Opéra tint bon, les répétitions de Don Carlos commencèrent en septembre 1866, et la première eut lieu le 11 mars 1867. L’opéra reçut un accueil mitigé, « d’estime ». L’interprétation ne fut pas à la hauteur de la partition, et l’ennui de Verdi fut augmenté par le nombre insensé et la mauvaise qualité des répétitions, ce qui le poussa à quitter la France.

Verdi et Paris

Comme on sait bien, Paris était l’une des capitales mondiales de l’art à cette époque, et tout particulièrement de la musique. Pour un compositeur, voir triompher à l’Opéra de Paris une de ses œuvres était une consécration. Ainsi, Paris a constitué un rêve en même temps qu’un cauchemar pour de nombreux compositeurs du XIXe siècle, puisque même Wagner essaya de s’y faire reconnaître (ce fut le désastre de Tannhäuser, en 1861).

L’Italie ne faisait pas exception à cette règle, Cherubini (Médée, 1797), Spontini (La Vestale, 1807), Rossini (Guillaume Tell, 1829), Bellini (Les Puritains, 1835), et Donizetti (Les Martyrs, La favorite, 1840) voulurent conquérir le public parisien. L’attraction de Paris se renforça au cours du XIXe siècle, et finit par décliner au siècle suivant.

On comprend mieux alors pourquoi Verdi vint plusieurs fois à Paris, malgré le dégoût qu’il éprouvait pour cette ville et sa vie musicale. Il écrivit à Léon Escudier, à propos de la création anglaise de Don Carlos : « Ainsi, à Londres, on monte bien une œuvre en quarante jours, alors qu’à Paris, il faut des mois pour la monter mal […]. Le rythme est lettre morte à l’Opéra de Paris et aussi l’enthousiasme. C’est votre faute à vous Français qui mettez des chaînes aux pieds des artistes sous prétexte de « bon goût »… comme il faut ». On comprend bien que dans ces conditions, il fallait que le prestige de l’opéra soit bien grand pour que Verdi accepte d’y retourner encore.

Verdi va pour la première fois à Paris en 1846, retrouver sa maîtresse qui y enseigne le chant. Il est navré par la mauvaise qualité de l’orchestre et des chanteurs. En 1847, l’attraction exercée par cet opéra sur le monde musical le pousse certainement à réécrire Les Lombards, qui devient Jérusalem, accueilli platement par le public.

C’est avant le succès remporté à Paris par La Traviata (succès refusé à cet opéra à Venise, le 3 mars 1853) en 1854, que Verdi accepte la commande d’un grand opéra français, Les Vêpres siciliennes, pour l’exposition universelle de 1855. La scénographie imposée par l’opéra de Paris était loin de l’atmosphère intimiste développée dans Luisa Miller ou La Traviata, ce qui ne contribua pas peu à son manque d’enthousiasme face à l’opéra de Paris. De même que pour Don Carlos, les répétitions traînèrent pendant des mois, ce qui rendit le compositeur extrêmement irritable. Avec Les Vêpres, Verdi parvint à mêler la musique italienne au grand opéra français, et l’œuvre obtint un triomphe lors de la première.

Avant la première décevante de Don Carlos, il fallut aussi pour Verdi endurer la première tout aussi décevante du Macbeth réarrangé en 1865. Il fallut attendre 1880 et la création française d’Aïda, puis 1894 et 1898 pour que Verdi revoit à Paris des succès retentissants avec Falstaff, Otello et les Quatre pièces sacrées.

On voit bien ainsi que les relations de Verdi avec la France ont toujours été ambivalentes, Verdi apportant des chef-d’œuvre toujours meilleurs à chaque fois. Il lui fallut attendre la fin de sa vie pour y voir de ses yeux des triomphes nets. Pourtant, la France et l’opéra désirèrent toujours la présence de Verdi, ce qui explique pourquoi il fut promu Grand Croix de la Légion d’Honneur en 1894, et élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1865, au fauteuil de Meyerbeer.

Principaux airs

  • « Dieu, tu semas dans nos âmes » (« Dio, che nell’alma infondere ») – Carlos, Posa (acte II, sc.1)
  • « Au palais des fées » (« Nei giardin del bello ») (air du Voile) – Eboli (II, 2)
  • « Elle ne m’aime pas ! » (« Ella giammai m’amò ! ») – Philippe II (IV, 1)
  • « Ô don fatal » (« O don fatale ») – Eboli (IV, 1)
  • « Oui, Carlos… Carlos, écoute » (« Per me giunto… O Carlo ascolta ») – Posa (IV, 2)
  • « Toi qui sus le néant » (« Tu che le vanità ») – Élisabeth (V, 1)

Propositions d’écoute

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