Verdi : Rigoletto


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Rigoletto est un opéra en 3 actes de Guiseppe Verdi, sur un livret de Francesco Maria Piave d’après Victor Hugo. Il fut créé au théâtre de La Fenice à Venise le 11 mars 1851. C’est une des œuvres phares de Verdi, et un des trois opéras de sa « Trilogie populaire ».

Enregistrements

Les propositions ci-après sont écrites dans l’ordre suivant : Chef d’Orchestre, Orchestre, Rigoletto, Gilda, Duc. Afin de faire au mieux votre choix, il est conseillé d’écouter :

  • l’ouverture
  • l’air « Questa o quella » (Duc)
  • l’air « E il so dell’anima » (Duc et Gilda), qu’on peut écouter dans le film Match Point de Woody Allen
  • l’air « Figlia… Mio padre » (Rigoletto et Gilda)
  • le choeur des courtisans « Scorrendo Uniti »
  • l’air « La donna e mobile » (Duc)

 

La version de Molinari-Pradelli est globalement excellente : les chanteurs sont impeccables dans leurs interprétations et la musique est parfaitement aboutie !

Guiseppe Verdi, Rigoletto, Francesco Molinari-Pradelli, Opéra de Rome, Cornell MacNeill, Reri Grist, Nicolaï Gedda

Giulini sera un « quitte ou double », du fait de la présence de Placido Domingo (jouant le Duc) : sa voix très particulière ne laisse pas indifférent. Quant au reste, la direction orchestrale est excellente. Ileana Cotrubas est brillante dans son rôle de Gilda et Piero Cappuccilli réalise ici une magnifique performance.

Guiseppe Verdi, Rigoletto, Carlo Maria Giulini, Philarmonique de Vienne, Piero Cappuccilli, Ileana Cotrubas, Placido Domingo

Cet enregistrement de Serafin se distingue par son corpus de chanteurs : Maria Callas et Guiseppe Di Stefano y ont un charme incomparable, mais Tito Gobbi – tout en étant très bon – n’est pas le meilleur Rigoletto de cette sélection.

Guiseppe Verdi, Rigoletto, Tullio Serafin, Scala de Milan, Titto Gobbi, Maria Callas, Guiseppe di Stefano

La présence de Pavarotti dans cet enregistrement le sublime : il domine magnifiquement ce parterre de chanteurs, en timbre et en éclat. On notera aussi toute l’élégance de Gilda et la puissance du Rigoletto. La musique va parfois un peu plus rapidement que nécessaire, mais l’ensemble reste de très bonne facture.

Guiseppe Verdi, Rigoletto, Richard Bonynge, London Symphony Orchestra, Sherrill Milnes, Dame Joan Sutherland, Luciano Pavarotti

Malgré toute l’élégance dont on su faire preuve les Ducs de cette sélection, jamais aucun n’a pu jusqu’alors rivaliser avec Caruso, tout bonnement le plus grand ténor qu’on ai pu enregistrer. 

Basé sur l’écoute de 31 enregistrements

Personnages

Rigoletto

Personnages principaux de Rigoletto

  • Duc de Mantoue, ténor
  • Rigoletto, baryton
  • Gilda, soprano ; fille de Rigoletto
  • Sparafucile, basse ; tueur à gages
  • Maddalena, mezzo-soprano ; sœur de Sparafucile
  • Comte Monterone, basse
  • Marullo, baryton
  • Borsa, ténor
  • Comte Ceprano, basse
  • Giovanna, mezzo-soprano
  • Comtesse Ceprano, mezzo-soprano
  • Page, mezzo-soprano

Autour de l’oeuvre

Si Verdi porte un intérêt certain à la pièce de Victor Hugo Le Roi s’amuse depuis 1844, il attendra 1850 avant de réellement plancher dessus, signant un contrat avec le théâtre de La Fenice à Venise. Il confie à nouveau l’écriture du livret à Piave, basé sur un scénario écrit en concomitance avec Verdi qui s’appelait alors La Maledizione. En décembre, ils reçoivent la réponse du théâtre qui refuse tout net de monter une pièce aussi « immorale, vulgaire et obscène ». Piave et la direction du théâtre travaillent à une version plus morale, sous le nom de Duc de Vendôme, mais Verdi est furieux et refuse de travailler sur cette félonie sans duc débauché, bossu ni cadavre. Piave rencontre à nouveau un des directeurs de La Fenice ainsi qu’un responsable de l’ordre public qui élaboreront un « cahier des charges » qui aura le consentement de Verdi et forme le Rigoletto tel que nous le connaissons. D’ailleurs, le nom de Rigoletto provient… d’une parodie du Roi s’amuse.

Le public est conquis dès la première heure, sifflotant allègrement La donna e mobile dans les rues, alors que la critique raille une œuvre qu’elle qualifie de soit trop moderne, soit d’un « archaïsme à la Mozart », soit de mauvais goût. Si sa réception est aussi dissemblable du public, c’est que Verdi bouleverse les airs tels qu’on les attend à l’opéra pour mieux servir le drame. Il est en effet conçu comme une suite de duos, ne laissant qu’un unique solo pour Gilda, aucun pour Rigoletto et un double air léger et populaire pour le Duc, rien qui ne puisse attirer l’intellect du critique.

Argument

Acte I

Premier tableau

Le Duc de Mantoue donne chez lui une fête somptueuse. C’est un homme à femme, et compte arriver à ses fins avec une belle inconnue rencontrée à l’église, mais d’abord il se préoccupe de celles présentes ce soir, en particulier la comtesse Ceprano. Mais qu’importe, il a le cœur volage et la première venue fera l’affaire. La comtesse quitte les lieux et déjà Rigoletto, le bouffon bossu et haï du Duc ne peut s’empêcher de se moquer de la situation, avec insolence. Une fois sorti, un noble du nom de Marullo entre et apprend à l’assemblée que Rigoletto aurait… une maîtresse ! Ce dernier revient et suggère au Duc de se débarrasser de Ceprano, qui fulmine. La cour déteste le bouffon et aura bien vite sa vengeance. Monterone entre et Rigoletto ridiculise le vieil homme deshonoré : le Duc a en effet couché avec sa fille. En réaction, Monterone maudit le bouffon, qui est terrorisé.

Second tableau

Rigoletto rentre chez lui après la tombée du jour, l’écho de la malédiction résonnant en lui. Un homme s’approche et l’interpelle. Sparafucile le tueur à gages lui propose ses services. Rigoletto refuse, mais demande tout de même où le joindre en cas de besoin. Il se sent proche de l’homme, qui manie son épée comme lui sa langue, mais se rappelle sa fragile existence, cantonnée au rire seul. Il retrouve enfin sa fille, qui est sa seule joie (« Figlia ! Moi padre »). Le père l’interdit de toute sortie, hormis l’église. Soudain, il y a du bruit dehors ; c’est le Duc qui vient guetter sa belle inconnue, qui parvient à se cacher avant d’être vu. Rigoletto part ensuite, et Gilda reste seule avec ses remords, car elle cache à son père sa rencontre avec le ravissant jeune homme qu’elle a rencontré. Elle se sait déjà brûler pour lui. A ces mots, le Duc se montre devant elle. Gilda l’écoute avec passion, puis lui demande son nom : il affirme s’appeler Gualtier Maldè, et être étudiant sans le sou. Laissée seule, la jeune fille rêve de son nouvel amour.

Ceprano et une troupe de courtisans l’épient secrètement, quand Rigoletto revient – pris d’une intuition – les rencontre. La bande lui fait croire qu’ils viennent enlever la femme de Ceprano, alors qu’ils viennent prendre Gilda. Rigoletto qui croit porter un masque, a en fait les yeux bandés, et ne s’imagine pas ce qui arrive à sa fille. Lorsqu’il comprend, il sait que la malédiction a frappé et s’évanouit.

Acte II

La belle du Duc a été enlevé, il est sous le choc. Les kidnappeurs lui narrent bien vite le récit de leur soirée et le Duc part rejoindre sa prisonnière. A sa sortie, Rigoletto entre en scène à la recherche de Gilda, sous les regards moqueurs des courtisans. Un page de la Duchesse vient alors demander un entretien au mari, mais les réponses malhabiles des hommes de cour font comprendre qu’il est avec Gilda ! Rigoletto demande alors… sa fille, sous les yeux ébahis de l’assemblée. Le bouffon en profite pour les maudire copieusement, jusqu’à la sortie improbable de Gilda qui se jette dans les bras de son père. Elle lui avoue alors en privé sa romance avec le noble et coulent des larmes de honte. Par la suite, Monterone emprisonné part à la geôle, desespéré que sa malédiction envers le Duc n’ait pris forme. Rigoletto promet alors au prisonnier qu’il aura sa vengeance.

Acte III

Rigoletto tient à prouver à Gilda quel homme à femme est son nouvel amour. Pour cela, il l’emmène dans l’auberge de Sparafucile et de sa sœur Maddalena au bord du fleuve Mincio, dans les faubourgs de la ville. Le Duc arrive comme prévu et demande à Sparafucile une chambre pour la nuit et du vin, et chante l’éphémère auprès des femmes. L’assassin se tient près de Rigoletto lui demandant s’il doit accomplir sa besogne. Le bouffon lui demande d’attendre. Arrive près du Duc Maddalena, qu’il s’empresse de séduire ; Gilda assiste secrètement à la scène, le cœur en lambeaux. Rigoletto renvoie sa fille, et somme Sparafucile d’en finir avec l’odieux volage et devra lui donner le corps à minuit. Le Duc s’endort et Maddalena, conquise par ses charmes, demande à son frère d’épargner le bel amant. Il consent, mais il faut de toute façon une victime. Gilda ayant tout entendu, décide de revenir déguisée en pèlerin pour se sacrifier, et que vive celui pour qui son cœur brûle encore. Minuit sonne et Rigoletto récupère le cadavre dans un sac, s’apprêtant à le jeter lorsqu’il entend au loin la chanson du Duc. Glacé d’horreur, le bouffon ouvre le bagage et y trouve Gilda à l’agonie qui lui avoue son acte et implore son pardon. La malédiction a frappé.

 

Sources

KAMINSKI, Piotr, Mille et un opéras, Editions Fayard, 2003.

 

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