Wagner : Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg


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Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, en allemand « Die Meistersinger von Nürnberg » est un opéra en 3 actes (et 4h30 !) créé au Königliches Hof- und National Theater de Munich le 21 juin 1868. C’est l’un des opéras de maturité de Wagner, un succès colossal qui le sortît du marasme financier dans lequel il se trouve jusqu’alors.

Enregistrements

Les choix ci-après mettent les acteurs dans l’ordre suivant : Chef d’orchestre, Orchestre, Sachs, Walther, Eva. Afin de faire au mieux votre choix, il est conseillé d’écouter :

  • l’ouverture,
  • le choeur « Da zu dir der Heiland kam »,
  • l’air « Jerum, Jerum ! » (Sachs, Beckmesser, Walther, Eva). Ne vous inquiétez pas si vous entendez des bruits de marteau, cela fait partie de l’histoire,
  • l’air « Selig, wie die Sonne » (Eva),
  • l’air « Morgen ich leuchte » (Beckmesser),
  • l’air « Morgenlich leuchtend » (Walther),
  • l’entrée des Maîtres Chanteurs « Sankt-Crispin, lobet ihn ».

 

Solti, la version reine. Aidé par un parterre extraordinaire de chanteurs, Solti nous livre un moment enchanteur, magique, dont il est vraiment difficile de décrocher. Kollo, Bailey, Weikl, autant de noms que vous ne pourrez qu’apprécier ! L’entrée des Maîtres Chanteurs est dans cet enregistrement la plus accomplie, tant Solti parvient à enchaîner parfaitement chaque passage de l’oeuvre entière.

Richard Wagner, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Georg Solti, Wiener Philarmoniker, Norman Bailey, Rene Kollo, Hannelore Bode


Jochum réunit ici deux légendes : Placido Domingo et Dietrich Fischer-Dieskau. Les autres chanteurs forment ainsi avec eux un excellent ensemble, et la version forme une bonne alternative à Solti si vous appréciez Domingo et DFD.

Richard Wagner, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Eugen Jochum, Deutschen Oper de Berlin, Dietrich Fischer-Dieskau, Placido Domingo, Caterina Ligendza

Une très belle version par Karajan, avec des choeurs tout à fait excellents. La présence de René Kollo, le même Walther que chez Solti ajoute un réel intérêt à un ensemble de solistes de niveau tout à fait appréciable.

Richard Wagner, Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, Herbert von Karajan, Opéra de Dresde, Theo Adam, Rene Kollo, Helen Donath


La version qui suit n’a pas un niveau suffisant pour rentrer dans cette sélection, mais l’extrait ci-dessous est tellement lyrique pour qu’il mérite sa place ici. Il s’agit de Rudolf Kempe avec le Berliner Philarmoniker, Ferdinand Frantz, Bernd Aldenhoff, et Elisabeth Grümmer (la fabuleuse cantatrice de l’extrait).

Basé sur l’écoute de 22 Maîtres Chanteurs

Personnages

Maîtres Chanteurs

Personnages principaux des Maîtres Chanteurs

  • Hans Sachs baryton ; cordonnier
  • Walther von Stolzing, ténor
  • Eva, soprano ; prima donna
  • Sixtus Beckmesser, baryton ; concurrent de Walther
  • Veit Pogner,basse ; père d’Eva
  • David, ténor ; apprenti de Sachs
  • Magdalene, mezzo-soprano ; nourrice d’Eva
  • Fritz Kothner : baryton
  • Kunz Vogelsang : baryton
  • Konrad Nachtigall : ténor
  • Balthasar Zorn : ténor
  • Ulrich Eisslinger : ténor
  • Augustin Moszt : ténor
  • Hermann Ortel : basse
  • Hans Schwarz : basse
  • Hans Foltz : basse
  • Veilleur de nuit : basse

Autour de l’oeuvre

Alors qu’il prépare Lohengrin à Marienbad en 1845, Wagner écrit un premier jet en prose des Maîtres-chanteurs inspiré de l’Histoire de la poésie nationale des Allemands de Gervinus, et de la pièce de Johann Ludwig Deinhardstein Hans Sachs et qui serait une sorte de « parodie » du tournoi de Tannhäuser. Cet opéra est sensé une œuvre facile et vite écrite, pour faire face à une situation financière difficile : Wagner est continuellement accablé de dettes. L’ébauche contient déjà la scène de la bagarre du 2e acte, qui serait un souvenir d’une manifestation auquel il assista à Nuremberg en 1835. Il ne revient à l’écriture qu’en 1861, et glane des éléments chez Grimm, Goethe mais surtout ETA Hoffmann (Maître Martin le tonnelier) et les Chroniques nurembergeoises de Johann Christoph Wagenseil. En janvier 1862, il achève un livret qu’il aura mis… six ans à conclure, dont quatre pour le seul premier acte ! Il commence à composer en mars et l’achève en février 1867, jouant çà et là des fragments de son œuvre dans les plus grandes salles de concert d’Europe durant la composition. Cette période de sa vie voit également la naissance de sa seconde fille Eva von Bülow, car sa maîtresse Cosima, qui deviendra sa femme par la suite est encore l’épouse d’Hans von Bülow, célèbre chef d’orchestre de l’époque et ami de Wagner.

Les débuts de l’oeuvre voient le jour, promue par Liszt, von Bülow et est un succès immédiat, sauf à Berlin où la réception de la première fut désastreuse auprès du public comme de la critique. Cette dernière en général abhorra les Maîtres-chanteurs, œuvre devenue depuis un des plus haut chefs-d’oeuvre de Wagner.

Argument

Acte I

A la sortie de la messe, le jeune Walther von Stolzing part faire un brin de causette à la charmante Eva Pogner, qui apprend qu’elle est promise au vainqueur du concours de chant du lendemain. Walther doit pour cela incorporer la guilde d’ici-là ! La nourrice d’Eva, Magdalene, l’oriente pour cela vers son amoureux David, cordonnier et apprenti de la guilde, tous deux chez son maître Hans Sachs. Le jeune homme explique alors à Walther les règles de la poésie et du chant ; il comprend qu’il devra interpréter parfaitement un chant novateur, en totalisant moins de sept fautes. L’assemblée se prépare, les maîtres arrivent : voici l’orfèvre Veit Pogner, Beckmesser qui convoite comme Walther le cœur d’Eva, tous les autres maîtres défilent, puis Hans Sachs termine la marche. Après appel des présents, Veit Pogner rappelle à tous qu’il offre pour la fête de la Saint-Jean la main de sa fille. Il propose également l’admission de Walther à la guilde qui s’avance. Beckmesser est désigné pour noter sa prestation. Walther commence son chant qui déconcerte par son ton novateur, et le « marqueur » l’arrête au beau milieu de sa prestation, prétextant ne plus avoir de place pour noter les erreurs. Hans Sachs enjoint les Maîtres de le laisser continuer, mais une folle agitation s’empare des membres de la guilde qui finit par refuser ce chant disgracieux.

Acte II

Le soir venu, dans une rue étroite entre les maisons de Pogner et de Sachs. Comme c’est la Saint-Jean demain, les apprentis font la fête et raillent David. Le pauvre doit aussi subir les remontrances de Magdalene et de Sachs suite à la défaite de Walther. Pendant ce temps, Veit et Eva Pogner rentrent de ballade où le premier se demande s’il fait bien de proposer la main de sa fille. Sachs le cordonnier entame ensuite une nouvelle paire de souliers pour Beckmesser, obsédé par le chant de Walther, puis est interrompu dans ses rêveries par l’entrée d’Eva et comprend les sentiments de la jeune fille pour Walther. Sachant que Beckmesser lui chantera une sérénade sous son balcon, elle convainc Magdalene de se déguiser comme elle et de prendre sa place pour rejoindre Walther. Sachs sabote alors l’ode du prétendant en chantant à tue-tête, qui implore le maître de le laisser déclamer, croyant voir Eva. Le cordonnier accepte et décide qu’à chaque erreur, il clouera la paire de souliers qu’il prépare. Beckmesser entame ainsi sa sérénade, et Sachs martèle au rythme soutenu de ses erreurs, faisant fulminer le chanteur. Réveillé par ce raffut, David découvre Beckmesser en train de faire la cour à Magdalene et s’en prend violemment à lui, déclenchant une émeute de quartier. Pogner ramène Eva à la maison, et Sachs Walther et David tandis que le Veilleur de Nuit renvoie chacun chez soi.

Acte III

Au matin de la Saint-Jean, David chargé de livrer les souliers à Beckmesser retourne à la cordonnerie où il trouve Sachs de mauvaise humeur à cause de la bagarre d’hier soir. David en profite pour lui souhaiter bonne fête (en allemand Hans signifie Jean). Voilà Walther qui s’avance et raconte son merveilleux rêve, que Sachs s’empresse de noter. Le jeune homme repart et arrive Beckmesser encore endolori de la bastonnade. Il trouve un poème qu’il pense écrit par Sachs et l’accuse aussitôt de vouloir concourir. Le cordonnier nie tout haut, allant jusqu’à lui offrir le poème. Sûr de sa victoire, Beckmesser part au tournoi.

A la recherche de Walther, Eva se rend chez Sachs sous le motif d’un problème de chaussures, lequel apparaît subitement ; Eva est subjuguée ! Il continue le poème entamé plus tôt pendant que Sachs s’attelle au défaut. Il annonce alors à la jeune fille qu’il n’a rien du roi Marke dans Tristan et Yseult, la musique reprenant alors des thèmes propres à son précédent opéra. Arrivent David et Magdalene qui sont prêts pour le baptême de Walther en tant que maître-chanteur, Sachs et Eva seront le parrain et la marraine. Tous plient bagage, car tout Nuremberg se rend sur la grande prairie au bord du fleuve, la Pegnitz, où se tiendra la fête de la Saint-Jean.

Toutes les corporations sont là, les apprentis dansent et on acclame les maîtres-chanteurs, et Sachs tout particulièrement. Le tournoi commence avec Beckmesser qui rate complètement le poème offert par le cordonnier et déclenche les rires du public (« Morgen ich leuchte »). Sachs propose alors à Walther de chanter ; il subjugue par la beauté de son chant (« Morgenlich leuchtend »). Il est maintenant couronné maître, mais lorsque Veit Pogner souhaite le décorer, il le repousse, n’oubliant pas l’humiliation de son premier refus (au premier acte). Sachs le sermonne car il convient de respecter les maîtres de l’art, celui-là même qui « préserve la nation à l’heure du péril ». La fête se poursuit dans le plus grand ravissement.

 

Sources

KAMINSKI, Piotr, Mille et un opéras, Editions Fayard, 2004

 

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