Wagner : Tannhäuser


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Tannhäuser et le tournoi des chanteurs à la Wartburg (Tannhäuser und der Sängerkrieg auf Wartburg en allemand) est un opéra de Richard Wagner sur un livret du compositeur, décrit comme un « Grand opéra romantique » en 3 actes. Il fut créé au Königliches Sächsiches Hoftheater de Dresde le 19 octobre 1845, puis dans sa version ultérieure à l’Opéra de Paris le 13 mars 1861.

Enregistrements

Les choix ci-après mettent les acteurs dans l’ordre suivant : Chef d’orchestre, Orchestre, Tannhäuser, Elisabeth, Wolfram, Venus. Afin de faire au mieux votre choix, il est conseillé d’écouter :

  • l’ouverture,
  • l’air « Dir töne Lob » (Tannhäuser, Vénus)
  • l’air « Frau Holda kam aus dem Berg hervor (Pâtre)
  • l’air « Blick ich umher in diesem edlen Kreise » (Landragve)
  • l’air « Zurück von ihn! Nicht ihn seid seine Richter » ou « Dich, teure Halle, grüß ich wieder » (Elisabeth),
  • le choeur des pèlerins,
  • l’air « O du mein holder Abendstern » (Wolfram),
  • le finale.

 

Solti dirige d’une main de maître ce Tannhäuser : l’harmonie ne rompt jamais, tout s’enchaîne impeccablement. Les chanteurs font tous une excellente prestation, du Tannhäuser au Wolfram. Le dernier chant est assuré par un cœur de jeunes garçons, qui y rajoutent un merveilleux sentiment de pureté vocal, tout comme le très délicat chant du pâtre au premier acte. Le nec le plus ultra du Tannhäuser.

Georg Solti, Wiener Philarmoniker, René Kollo, Helga Dernesch, Bernd Weikl, Christa Ludwi

Les deux choix suivants forment de bonnes alternatives à Solti, avec un plus pour les chanteurs de Sinopoli, faisant chacun preuve d’une grande poésie.

Guiseppe Sinopoli, Philarmonia Orchestra, Placido Domingo, Cheryl Studer, Andreas Schmidt, Agnes Baltsa

Daniel Barenboim, Deutschen Staatsoper Berlin, Peter Seiffert, Jane Eaglen, Thomas Hampson, Waltraud Meier

Personnages

Tannhäuser

Personnages principaux de Tannhäuser

  • Tannhäuser, ténor
  • Elisabeth, soprano
  • Wolfram von Eschenbach, baryton ; concurrent de Tannhäuser
  • Vénus, soprano
  • Landgrave Hermann de Thuringe, basse ; oncle d’Elisabeth
  • Un pâtre
  • Walter von der Vogelweide, ténor
  • Heinreich der Schreiber, ténor
  • Biterolf, basse
  • Reinmar von Zweter, basse
  • Quatre pages, sopranos

Autour de l’oeuvre

Wagner est encore à Paris lorsque lui vient l’idée d’un nouvel opéra fin 1841, dont il écrit un premier scénario en prose quelques mois plus tard de retour en Allemagne. En 1843, il a achevé le livret de son opéra et commence à composer son œuvre qui s’appelle alors Der Venusberg. Ce travail durera deux ans jusqu’au 13 avril 1845. Fort de son succès à Dresde décroché plus tôt avec Rienzi, Wagner peut rapidement créer son œuvre. Cette dernière met à mal les talents émérites de la scène dresdoise par sa difficulté : la première est reçue avec réserve le 19 octobre 1845 et le compositeur en profite pour effectuer quelques modifications qui ne s’arrêteront qu’en… 1875. La partition telle que publiée en 1860 correspondra à ce que l’on connaît comme la « version de Dresde », celle encore remise sur l’ouvrage jusqu’en 1875 sera la « version de Paris ». Même si la première ne fut pas une réussite, les représentations suivantes atteignent vite le cœur du public et l’opéra vole de scène en scène à travers l’Allemagne et l’Europe, allant même jusqu’à être représenté en 1859 à New York. Ce sera le premier opéra de Wagner en Amérique.

Sa nouvelle popularité l’amène à créer une adaptation de Tannhäuser à l’Opéra de Paris, ville amatrice de danse et de ballet. Wagner admet bien une « bacchanale », danse incorporée à l’ouverture mais refuse d’ajouter un ballet au 2e acte comme c’est la coutume. En effet, une partie de la haute-société réunie dans le Jockey-Club a pour habitude de n’arriver qu’au deuxième acte, et souhaitent profiter des chorégraphies. La première à l’affiche du 13 mars 1861 est copieusement sifflée et les membres font pression pour annuler les représentations suivantes : l’œuvre ne passera pas la troisième en dépit du soutien de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie. La littérature garde encore les témoignages admiratifs de Baudelaire et de Mallarmé respectivement auteur d’un article dans la Revue européenne (1861) et du sonnet Hommage (« Le dieu Richard Wagner irradiant un sacre… »).

Wagner avoua tirer son inspiration dans « dans une livre populaire sur le Venusberg », vraisemblablement le recueil des légendes de Thuringe de Bechstein comportant déjà le thème de Tannhäuser et du tournoi au château de la Wartbourg. Egalement le conte de Ludwig Tieck Le Fidèle Eckhart et le Tannenhäuser (1799) et Le Combat des chanteurs issu des Contes des frères Sérapion d’ETA Hoffmann. Toutefois, Wagner est fortement soupçonné d’avoir utilisé d’autres sources comme la ballade originale sur le chanteur Danheuser de Franconie, des textes de Heinrich Heine (Der Tannhäuser, eine Legende par exemple), ou encore Novalis et Marschner.

Ce qui rend l’opéra singulier, ce n’est pas Vénus archétype de la magicienne qu’on retrouve dans les arts depuis Ulysse (Circé) jusque dans les contes et dans d’autres opéras de Wagner (Ortrud dans Lohengrin), mais bien la figure d’Elisabeth. Loin de Vénus, le mal qui corrompt, Elisabeth est la vierge qui délivre Tannhäuser. L’opéra est d’ailleurs entièrement basé sur un homme tiraillé entre ses penchants sensuels et son espérance du salut, traduisant la situation ambiguë que vivait Wagner vis-à-vis du sexe qui l’obsède et le tourmente. L’opéra qui mêle le sacré et le profane sera l’objet de controverses en Allemagne – pays protestant – vu parfois comme une « créature du parti catholique » (on peut penser au cri salvateur de « Marie » au premier acte) ; un ténor ira même jusqu’à refuser de jouer l’œuvre blasphématrice prétextant une « objection de conscience ». Trois semaines avant de rendre l’âme, Cosima nous a transmis une parole de Wagner : « il devait encore au monde un Tannhäuser ».

Argument

Acte I

Dans la demeure de Vénus se trouve Tannhäuser le ménestrel, goûtant à tous les délices que la déesse de l’amour peut offrir. Mais l’homme est las, nostalgique du ciel, du soleil et de sa liberté d’antan. Il implore Vénus, qui excédée lui répond que jamais il ne trouvera pardon. Tannhäuser invoque alors le nom sacré de Marie et à ces mots le Venusberg disparaît. La suite se passe dans un pré près du château de Wartbourg où après rencontre d’un jeune pâtre et de pèlerins partant pour Rome, il rencontre de vieux compagnons partis chasser. Parmi eux, le minnesänger Wolfram von Eschenbach réussit à le convaincre de venir au palais revoir Elisabeth, la nièce du Landgrave, pour qui il brûle toujours ardemment.

Acte II

Alors qu’Elisabeth chante sa joie de retrouver la salle des tournois de poésie, elle retrouve Tannhäuser qui se jette aux pieds de la jeune femme. Les deux amoureux remercient le ciel de les avoir à nouveau réunis et Wolfram quitte tout espoir d’un amour réciproque avec Elisabeth. Le Landgrave (marquis) vient accueillir les invités du tournoi de minnesänger qui débute. Celui qui chantera le mieux l’amour se verra remettre son prix des mains d’Elisabeth.

Wolfram entame le premier chant et célèbre l’amour courtois. Il est suivi dans la version de Dresde du poème de Tannhäuser qui préfère l’amour sensuel, puis du chant Walther von der Vogelweide lui répond que l’amour est une source qui ne doit être troublée, de peur d’en corrompre la nature. Ces deux chants n’existant pas dans la version de Paris.

Tannhäuser réplique ainsi à Wolfram ou Walther selon les versions, et célèbre à nouveau l’amour sensuel, suscitant l’irritation d’un autre chanteur, Biterolf, qui partage l’avis des autres chanteurs. Tannhäuser perd alors toute retenue, magnifie l’amour sensuel et révèle qu’il a été l’apprendre auprès de Vénus. Les femmes s’offusquent et les chevaliers dégainent leurs épées pour occire l’infâme. Il ne doit sa vie qu’à l’intervention d’Elisabeth. Le Landgrave prononce son jugement : le pécheur doit désormais partir pour Rome, implorer le pardon du Saint-Père. Elisabeth priera pour son salut.

Acte III

Dans une vallée près du château, Elisabeth prie devant une Vierge. Wolfram veille sur elle lorsqu’un groupe de pèlerins rentre de Rome. Elisabeth recherche Tannhäuser parmi ceux-là même qui se sont vus pardonnés, mais il ne s’y trouve pas. Le cœur meurtri, elle redouble de prières. Quand Wolfram veut s’approcher, elle l’éloigne et part au château.

Wolfram sent alors faiblir l’étoile d’Elisabeth et prie l’étoile du soir. Arrive Tannhäuser, pathétique : à bout de forces, en guenilles, il raconte son entrevue avec le Pape. Le Saint-Père lui refuse tout pardon : il ne sera remis de ses péchés que lorsque la vieille branche vermoulue qu’il tient en main reverdira. Las des hommes, Tannhäuser invoque Vénus, désireux de retrouver les délices charnels. Wolfram est terrifié et tente de lui faire retrouver raison. Il n’y parviendra qu’après avoir invoqué le nom salvateur d’Elisabeth, qui fait reprendre raison au poète et fait disparaître Vénus et ses charmes. On descend le cercueil de la jeune femme qui vient expirer, et en expirant, a sauvé le pécheur. Tannhäuser rend l’âme au pied d’Elisabeth.Surgissent de jeunes pèlerins tenant la crosse papale reverdie, signe de son salut.

 

Sources

KAMINSKI, Piotr, Mille et un opéras, Editions Fayard, 2004

 

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