Concerto



Le concerto est un des genres majeurs de la musique classique occidentale, le cadet de la symphonie. Il naît à la fin du XVIe siècle de genres plus anciens pour finir par opposer au XVIIIe siècle un petit effectif de solistes, puis un seul soliste dialoguant avec un orchestre de manière à exprimer la virtuosité du premier. Il atteint son apogée au XIXe siècle avec les compositeurs romantiques qui tenteront de le faire tendre vers la complexité de la symphonie, sans y parvenir : le concerto reste un genre mondain et virtuose construit traditionnellement en trois mouvements de forme allegro – andante – allegro rondo. Son instrument phare est d’abord le violon jusqu’à être supplanté au XVIIIe siècle par le piano.

Baroque

Un genre confondu à la base

Le concerto naît à la fin du XVIe siècle de plusieurs genres qui sont confondus à l’origine :

  • le concerto da chiesa (pour « concerto d’église »),
  • le concerto da camera (pour « concerto de chambre »).

Il gardera de ces genres le principe de mise en vedette d’un personnage, de liberté d’improvisation et d’ornementation ainsi que du jeu d’alternance avec l’ensemble. Plus tard au XVIIe siècle, on utilise indifféremment les termes symphonie, cantate et concerto.

Le concerto grosso

Vivaldi

Antonio Vivaldi, vraisemblablement

C’est la forme première du concerto que l’on connaît aujourd’hui. Il se produit vers 1750 une différenciation entre un petit groupe de soliste (appelé aussi « concertino » ou « coro favorito ») opposé à un grand effectif (dit « pleno choro » ou « concerto grosso »). Ce genre débute vraisemblablement avec Stradatella à la fin du XVIIe siècle et il sera établi par Corelli, suivi par Torelli (qui utilise déjà la forme vif-lent-vif issue de l’ouverture à l’italienne), Albinoni et Vivaldi. Ces deux derniers fixent la forme du concerto baroque qui sera en trois parties pour n’opposer plus qu’un soliste à l’orchestre à partir du XVIIIe siècle. Une seconde avancée sera la stabilisation de la forme du premier mouvement, qui sera un des socles du concerto de soliste.

Forme du concerto

A la période baroque, le concerto est constitué des éléments suivants :

  • un allegro à un thème, alternant entre des moments de virtuosité du soliste (sans identité thématique) et la répétition d’une sorte de ritournelle par le tutti.
  • un mouvement lent et chantant issu de l’aria vocale
  • un allegro à ritournelle dont la forme est similaire au premier mouvement.

A cette époque, il n’existe dans l’orchestre que les cordes, et un clavecin (ou un positif d’orgue) pour le continuo. Tous les autres instruments éventuellement présents seront des solistes.

Vivaldi

C’est un des grands noms du concerto baroque. Il composa plus de 500 concertos, dont plus de 200 pour le seul violon ! L’un d’eux, les Quatre-Saisons, jouit d’une grande renommée encore à notre époque. Il utilisa tous les instruments de son époque, de la guitare à la mandoline en passant par la flûte et le viole d’amour, tous sauf le clavecin. Ses concertos étaient publiés par séries et ne constituent pas des oeuvres uniques, ce qui permit à Stravinsky de dire que Vivaldi a composé 500 concertos, mais 500 fois le même. Il fixera la forme du concerto baroque en trois mouvements vif-lent-vif.

Bach

A son époque, le clavier – et surtout le piano-forte – devient l’instrument phare du soliste, dont le « Grand Bach » fut un des initiateurs, notamment avec ses concertos qui sont pour beaucoup des transcriptions de concertos pour violon de Vivaldi ou de sa création. Cette période voit aussi de grandes innovations dans la lutherie des instruments à clavier, ce qui permet au piano-forte de devenir plus expressif, subtil et puissant. Dès lors, les virtuoses de l’instrument peuvent exprimer leur art avec virtuosité comme solistes tout en dirigeant l’orchestre.

Classique : les premières lettres de noblesse

Les fils Bach

A la suite de JS Bach, ses fils Wilhelm Friedemann et Carl Philipp Emmanuel apportèrent des nouveautés dans le concerto :

  • l’ajout d’un second thème dans le premier mouvement
  • il (le premier mouvement) s’adapte à la forme sonate, ce qui lui permet (au premier mouvement) de gagner en ampleur et en complexité.

Les deux autres mouvements, en particulier le troisième, garderont même chez les romantiques et les modernes la même structure en rondo à refrain.

Mozart

Il a créé 28 concertos pour piano en conservant le bithématisme (deux thèmes dans le premier mouvement), en conférant au genre deux évolutions :

  • il devient « facile et brillant », c’est alors la période la plus riche du concerto pour piano, que le public réclame pour sa virtuosité,
  • il recherche dans ses différentes oeuvres à recréer sans cesse le genre, le faisant évoluer.

Comme ses prédécesseurs, il adopte le bithématisme du premier mouvement, ce qui lui permet de gagner en complexité. De plus à cette époque, l’orchestre augmente en nombre : il compte de plus en plus souvent des hautbois, des cuivres, des timbales.

Romantique

Beethoven

Beethoven 2

Ludwig van Beethoven

Il introduit des nouveautés dans le concerto. Ces dernières ne seront pas la règle, comme c’est le cas avec la symphonie :

  • le premier mouvement débute par un long solo, qui n’est plus improvisé mais composé (particulièrement dans le 4e et le 5e),
  • il existe une liaison entre le 2e et le 3e mouvement, ce qui sera repris par Mendelssohn et Schumann. Il sert à construire le thème à venir, par le biais chez Beethoven d’un court allegretto.

Schumann

En plus de la liaison entre le mouvement central et le dernier, il remplace la double exposition du premier mouvement par une simple. La compartimentation des rôles entre l’orchestre et le soliste n’est plus aussi formalisée, ce qui tend à le rapprocher de la symphonie. Le concerto est un genre pleinement exploré dans sa forme, et Schumann tentera d’y apporter du changement comme avec l’intermezzo central qui figure dans son Concerto pour piano à la place du mouvement lent (le deuxième).

Brahms

JohannesBrahms

Johannes Brahms

Dans la continuité de Schumann – et de l’usure du concerto – le Deuxième concerto pour piano de Brahms a des allures de symphonies avec sa structure en quatre mouvements allegro appassionnato – scherzo – andante – allegretto gracioso.

Caractéristiques

Définition

C’est un genre musical qui fait dialoguer deux parties : un soliste instrumental avec une formation instrumentale plus importante, généralement un orchestre. Le concerto sera construit de manière à pouvoir mettre en avant la virtuosité du soliste.

Les trois mouvements (quasi constant)

Le concerto garde traditionnellement le plan de l’ouverture à l’italienne de type vif-lent-vif où chaque mouvement a sa particularité. Cela reste flou à la marge, surtout à partir de la deuxième partie du XIXe siècle où le genre va varier pour évoluer, mais les trois mouvements resteront la règle de sa création aux oeuvres les plus récentes, avec la structure suivante :

  • premier mouvement : c’est un allegro de forme sonate, généralement à deux thèmes.
  • deuxième mouvement : c’est un andante ou un adagio de forme lied ou « thème et variations ».
  • troisième mouvement : c’est un allegro de forme rondo ou rondo-sonate, ou parfois « thème et variations ». Il répète  dans un autre forme le premier mouvement, sans lien apparent avec le deuxième mouvement, ce qui en fait un passage intellectuellement ennuyeux pour ses commentateurs les plus aguerris musicalement parlant.

Eléments constitutifs

Relations soliste orchestre

Un style martial

On retrouve des références guerrières dans ce genre, notamment dans beaucoup de premiers mouvements, avec des allures de marches et des rythmes pointés (comme dans l’Empereur de Beethoven, ou le Concerto militaire d’Offenbach). Mais contrairement à ce que l’on pourrait attendre de l’étymologie (du latin concertare « se battre » et aussi « débattre »), la relation entre le soliste et l’orchestre n’a rien de belliqueux, il s’agit davantage d’une rivalité cordiale qu’un affrontement

Les solos d’un membre de l’orchestre

Même lorsque que l’orchestre s’efface pour laisser le devant au soliste et à un membre du tutti, on sent tout de même que le second fait toujours partie de l’ensemble, d’un « tout » qui dépasse l’addition de ses membres. Le concerto fait « serrer les rangs » et marque l’opposition avec le soliste, sauf lorsque le genre évolue pour laisser trop de liberté aux solos dans l’orchestre comme c’est le cas dans le Deuxième Concerto pour piano de Brahms.

Associations soliste et ensemble

On peut regrouper les associations entre le soliste et l’ensemble de plusieurs manières :

  • alternance : les deux parties se donnent la parole par différentes transitions et cadences notamment ou par un accord joué ensemble. Les transitions sont très importantes car elles permettent de structurer le concerto.
  • répliques : lors d’une alternance serrée, on peut avoir des répliques en imitation, en question-réponse ou en affirmation-réplique, rappelant plus un dialogue qu’un affrontement. Elles finissent en « explosion ou en tutti » à la suite de cette alternance.
  • soutien : l’orchestre est là pour accompagner le soliste par des accords tenus et par des ostinatos pour le rythme.
  • ornementation : lorsque la masse joue avec vigueur, le soliste ne sera pas un soutien s’il joue avec l’ensemble mais en ornementation, sur des reprises ou des transitions par des gammes ou des arpèges par exemple.
  • ponctuation : comme dans le langage, la ponctuation en musique va découper et agencer des unités musicales de manière à organiser l’ensemble en soulignant certains éléments par le biais des pizzicatos par exemple.
  • doublure : une partie de l’orchestre est doublée par une partie du soliste et inversement si la partie de l’orchestre n’est pas la mélodie du tutti. La seconde est assez courante chez les romantique.
  • homophonie : le soliste énonce un thème en même temps que l’orchestre. Il passe de courant à la période baroque à marginal par la suite.

Un genre qui tente d’être symphonie

Malgré tous les essais des compositeurs romantiques pour le dépasser et le faire tendre vers la symphonie, le concerto est un genre qui reste mondain avec ses propres codes et logiques. Sa forme en trois mouvements, ses rites de dialogue entre le soliste et l’orchestre, de prises de paroles de chacun des deux acteurs firent que le concerto reste le cadet de la musique occidentale sans jamais avoir pu rivaliser avec le genre symphonique, apothéose du compositeur.

La virtuosité, essence du concerto

Liszt lithographie 1846

Franz Liszt, pianiste virtuose et compositeur

La virtuosité est croissante de Mozart à la fin du romantisme : elle n’est tout d’abord limitée qu’à quelques broderies dans les développements et les cadences. Les progrès du piano aidant, les partitions s’enrichissent au XIXe siècle où même les premiers thèmes comportent des arpèges et des traits. Le temps du virtuose est dans la cadence (un intermède, généralement vers la fin des mouvements, surtout du premier), qui n’est écrite qu’à partir de Mozart afin de rendre les interprétations dans l’esprit où elles étaient écrites. Toutefois, cette virtuosité de concerto n’est pas la même que celle d’une oeuvre pour piano solo où le soliste sera plus conventionnel, moins nuancé et devra « parler plus fort » pour passer « par-dessus » l’orchestre. Ceci n’empêche pas le tragique de survenir, surtout chez Mozart.

Les instruments

La plupart des concertos avant le 18e siècle étaient pour le violon, il a cédé depuis sa place au piano. Ces deux instruments sont les plus représentés dans ce genre. Toutefois il en existe également un nombre important pour violoncelle et alto, puis viennent les instruments à vent. Chaque instrument – ou presque – a eu son concerto, même les moins représentés. On compte aussi des « double concertos » (par exemple le Concerto pour violon et violoncelle de Brahms), appelés aussi parfois « symphonies concertantes » si elles comportent plusieurs solistes. Le nombre d’oeuvres diminue progressivement à mesure qu’augmente la complexité du genre : face aux centaines de concertos de Vivaldi, les romantiques en composent entre un et cinq.

Piano

D’abord parti des basses, dans le continuo, il passe sur le devant de la scène par la richesse de son jeu et de ses possibilités qui font de l’instrument un monde musical en soi, avec un ton de voix différent qui le place difficilement dans l’orchestre. Le concerto est avant tout concerto pour piano.

Violon

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Niccolo Paganini

Il n’entraîne pas autant que le précédent, malgré des virtuoses comme Paganini. Malgré cela, le violon possède un talent propre : il vient de l’orchestre et peut y retourner aussi simplement qu’il s’en est extrait, ce qui est très difficile pour un piano. Il est aussi meilleur dans les aigus, là où le piano a ses difficultés, où il est moins agile, ses harmoniques moins riches. Mais l’instrument préféré de Vivaldi ne sait que mal s’accompagner lui-même et être son propre continuo.

Violoncelle

Sans avoir de vague d’engouement pour lui, le violoncelle a toujours bénéficié d’un intérêt certain à son égard. Même si son ton de voix est facilement masqué par l’orchestre, se situant dans le médium, c’est un instrument expressif, ample et généreux.

Alto et contrebasse

L’alto manque de coffre par rapport au piano et au violoncelle, et ne navigue pas dans les aigus comme le violon, c’est pourquoi il brillait encore au XVIIIe siècle à l’époque où les orchestres étaient réduits. A l’autre extrême se trouve la contrebasse, trop puissante très peu jouée.

Bois

Le caractère « fluide, volubile et léger » des bois en font de très bons solistes. Mais ils manquent de force et sont limités dans le temps pour s’exprimer dans un concerto de grande ampleur. C’est pourquoi ils furent courants à l’époque baroque et pré-classique, pour réapparaître dans quelques concertos modernes.

Cuivres

Le saxophone n’a jamais réussi à percer comme instrument classique, surtout depuis que le jazz en a fait un de ses instruments phares. Il ne compte que quelques concertos chez Glazounov notamment. Les autres cuivres sont des instruments difficiles à jouer qui font qu’ils sont délaissés comme solistes mis à part quelques concertos chez Mozart, Haydn et le Konzertstück de Schumann pour ne donner que l’exemple du cor.

Sources

VIGNAL, Marc, Dictionnaire de la musique, Editions Larousse, 2005.

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