Symphonie



La symphonie n’existe pas à la période baroque, elle naît au XVIIIe siècle à la période classique en tant que musique profane à partir de l’ouverture d’opéra en trois temps et de la forme sonate. Ce sont Haydn et Mozart qui fixèrent cette forme. Elle durait alors entre cinq et quinze minutes, pour se développer fortement avec Beethoven dont les symphonies restent les plus connues du genre, et pouvant atteindre une heure trente voire deux heures. La symphonie est le plus important genre orchestral de la musique classique, avec le concerto.

Caractéristiques

Origines et étymologie

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Joseph Haydn, un des Pères du Classicisme

Les origines du genre sont à chercher en Italie avec les sinfonie, mais surtout du côté de l’Autriche et de l’Allemagne, et notamment à Vienne, avec Haydn, les compositeurs de son temps et leurs symphonies en trois ou quatre mouvements.

On s’accorde à dire que le terme de symphonie provient du grec symphonia (sun, avec ; phônê son), mais qu’il ne prît son sens qu’au XVIIe siècle, à travers différents genres musicaux dont le seul point commun était le refus de la voix et du texte. Plus tard, Beethoven finira par les réincorporer dans sa 9e symphonie, et il redeviendra possible ensuite d’introduire des choeurs, comme dans la 6e symphonie de Mahler.

Les genres

La symphonie dérive de plusieurs genres préexistants :

  • l’ouverture d’opéra à l’italienne, de forme vif-lent-vif,
  • l’ouverture d’opéra à la française, de forme lent-vif-lent. La symphonie en garda l’idée d’une introduction lente au premier mouvement, plus rapide ensuite,
  • la forme sonate, qui caractérise le « style classique », permettant la composition des mouvements,
  • la suite, le concerto et la sonate instrumentale y contribuèrent également.

Orchestre

Il s’utilise désormais comme ensemble, sans soliste, à l’inverse du concerto, avec toutefois l’utilisation des solos qui restent intégrés à la formation. Le genre symphonique nécessite la création d’un orchestre regroupant tous les instruments existants. Il est intéressant de remarquer que la symphonie comme genre naît parallèlement à l’orchestre symphonique, ce dernier devenant de plus en plus massif au fur et à mesure du temps : les premiers comptaient pour les plus grands une quarantaine d’instruments, alors qu’à notre époque un orchestre moyen en compte le double…

De même, les instruments à vents s’individualisent, sortant du confinement en tant que doublure ou de soutien pour tenir une partie soliste.

Ecole de Mannheim

Selon les sources, l’école de Mannheim est l’origine du genre que fixera Haydn, d’autres stipulent qu’il faut regarder du côté de Vienne. L’explication qui suit se range derrière la première hypothèse. En effet, la symphonie se développe en même temps qu’apparaissent des orchestres, comme à Mannheim, Berlin ou Vienne. Avec l’orchestre de Mannheim, composé de musiciens virtuoses , la symphonie évoluera à partir du style de l’opéra italien, pour trouver un certain équilibre dans la forme et dans la stature de l’orchestre. Ce denier orchestre comprenait des effectifs assez important pour l’époque, à savoir :

  • Entre vingt et vingt-cinq instruments à cordes dont une quinzaine de violons,
  • Par deux, les instruments à vent : les flûtes, hautbois, clarinettes, bassons, trompettes, et deux ou quatre cors,
  • une paire de timbales.
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Lobkowitz, mécène de Beethoven

Les tambours, harpes et instruments exotiques (saxophone, xylophone,…) ne s’ajouteront qu’au XIXe siècle. La symphonie devient action dramatique – évoluant par rapport à la conception de la musique à l’époque baroque – grâce à des effets orchestraux comme le crescendo, qui assure une transition continue entre les moments calmes et les moments forts, et grâce aux quatre mouvements qui sont développés plus loin dans cette partie.

Le concert devient public et prend de l’ampleur

Au début du XVIIIe siècle, le concert public se développe, système moins coûteux que l’entretien de musiciens privés, qui perdure tout de même à Vienne ou Paris jusqu’au début du XIXe siècle

Le concert public était prévu pour un public nombreux, auquel on proposait des compositions plus faciles que la sonate ou le quatuor – réservés à un public de connaisseurs, d’où le nom de musique de chambre -, tels que la symphonie, puis des oeuvres virtuoses (sonates et concertos italiens), ou encore des motets et des oratios. Ils étaient organisés pour éviter l’ennui du public, privilégiant donc la variété.

Les 4 mouvements

Le nouveau mouvement

La symphonie naît de l’ajout d’un quatrième mouvement entre le mouvement lent et le mouvement vif final, qui est un menuet issu de la suite, de forme assez légère, sur un thème souvent populaire. Les trois mouvements proviennent quant à eux de l’ouverture italienne de forme vif-lent-vif et de la forme sonate. On obtient donc la forme suivante, où chaque mouvement a sa fonction :

  • premier mouvement : allegro de forme sonate, parfois précédé d’une courte introduction lente ; il donnera la forme et le ton,
  • deuxième mouvement : lent, adagio ou andante ; ce qui prédomine, c’est le côté lyrique et mélodique,
  • troisième mouvement : menuet ou scherzo dansant à trois temps ; ici, ce sera la pulsation rythmique. En s’interposant, il donne une impression de mouvement et de légèreté, permettant aux mouvements annexes de se développer, et aide ainsi le finale à reprendre.
  • quatrième mouvement : finale rapide de forme sonate, ou rondo sonate ; c’est le sommet de la symphonie, où son ambition, sa dimension atteint son paroxysme.

Si le Scherzo est en premier

A partir de la 9e symphonie de Beethoven, le scherzo se place habituellement en deuxième position. En effet, si l’adagio est placé avant le finale, il vient dissiper la tension. De plus, l’adagio placé ainsi en troisième apparaît d’autant plus pénétrant et permet l’expansion du finale

Si l’Adagio en premier

On ressent un côté superflu lorsque le finale suit le scherzo, un côté trop attendu. Sauf si l’enchaînement devient plus vif, plus « brillant ».En raison cet agencement particulier, il faudra attendre Beethoven et ses successeurs pour que le finale accède au rang de consécration de l’oeuvre.

La période classique

Cette époque est très importante pour la symphonie, lui donnant son cadre et sa renommée, via Haydn et Mozart, elle n’a pas encore la même aura qu’après Beethoven et les romantiques mais elle s’affirme au fil du temps.

Haydn

Il est considéré comme le « Père de la symphonie » pour avoir fixé le genre. C’est à travers sa nouvelle conception de la tonalité et la forme sonate qu’il sera le premier à lui conférer son aura avec sa centaine d’oeuvres. Parmi les plus connues du genre, on trouve d’abord les symphonies Sturm und Drang, viennent ensuite les six Parisiennes puis les douze Londoniennes.

Mozart

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les quarante symphonies de Mozart ne feront pas évoluer le genre, à l’inverse de ses concertos pour pianos.

Le romantisme

Beethoven, à la croisée des genres

Beethoven composant Pastorale

Beethoven composant la Pastorale

Les symphonies de Beethoven ont bouleversé le genre par leur variété, ce sont d’ailleurs les plus célèbres de toute la musique classique. Elles accèdent au rang de somme, de « testament musical ». Toutefois, elles n’ont rien changé à l’esprit de la symphonie que transmit Haydn, y compris la Sixième et la Neuvième. Ce qui est étonnant, c’est qu’elles préfigurent toute l’évolution du siècle, faisant figure d’autorité :

  • avec l’Héroïque (la 3e) : ce seront les symphonies nationales des pays périphériques de l’Europe en Scandinavie, Europe de l’Est et Russie notamment.
  • avec la 5e : on y trouve le principe cyclique au thème conducteur de la Scène aux champs de Berlioz,
  • avec la Pastorale (la 6e) : on retrouvera encore la Scène aux champs de Berlioz puis les symphonies descriptives de Mendelssohn et de Richard Strauss, ainsi que les symphonies de Mahler,
  • avec la 8e : elle contient déjà les symphonies néoclassiques de Prokofiev
  • avec la 9e : c’est le principe, fortement reprise, de l’inversion de l’adagio (deuxième mouvement) et du scherzo/menuet (troisième mouvement ), mais aussi le thème prépondérant qui récapitule les précédents ainsi que la symphonie avec choeurs et solistes chez Mahler. La Lobgesang de Mendelssohn semble en tenir des traits similaires.

Schubert

Le grand homme du Lied était peu connu de son temps pour ses symphonies. Ses six premières symphonies sont dans la continuité de Mozart et des deux premières symphonies de Beethoven, particulièrement sa 4e. Les suivantes quittent leurs proportions assez brèves mais raffinées pour devenir plus construites et grandioses. Ce fut Schumann qui mit en lumière sa Huitième et sa Neuvième, dites respectivement l’Inachevée et la grande symphonie en ut, après sa mort.

Mendelssohn

Ses 5 symphonies forment une jonction entre la référence descriptive et romantique de Berlioz et l’exigence de la forme classique qui reviendra avec le néoclassicisme comme chez Prokofiev. On retrouvera dans son Ecossaise le souci de l’unité et de la cyclicité, malgré une forme rigoureuse que partage aussi la symphonie Italienne.

Schumann

Il donnera quatre symphonies, avec le même souci de cyclicité que Mendelssohn et Berlioz, en respectant les exigences de la symphonie, contrairement à la vision qu’on tient de lui, de « romantique échevelé », en raison de la désinvolture de ses oeuvres au piano. Le travail formel de la symphonie semble désormais tourner en rond, répétant les mêmes concept au fil des auteurs ; ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les plus grandes symphonies après Beethoven sont les plus démesurées, les plus extravagantes comme chez Bruckner et Mahler..

Brahms

Aucune de ses symphonies ne contrevient au modèle classique, comme ses prédécesseurs. Après sa première, qui est assez décriée car elle pastiche Beethoven, il évolue vers le romantisme où ses oeuvres sont parfois plus surprenantes que celles de Schumann.

Le grandiose de Bruckner et Mahler, dans la suite logique de Beethoven et Wagner

Ils poursuivront le genre en le faisant passer dans une dimension bien plus importante, proche de celle d’un opéra. Les deux compositeurs forment l’héritage direct de Wagner, en s’inspirant des formes, de l’orchestration et du travail des motifs, sans même continuer eux-mêmes dans le genre de ce dernier.

Bruckner

Il laissera quatre symphonies, comme Brahms, qui sont très développées, mais elles gardent la forme classique transmise par Beethoven avec le scherzo-menuet en troisième place, élargissant également le premier et le dernier mouvement où on retrouve trois thèmes au lieu des deux habituels. La taille de l’orchestre devient considérable, on retrouvera d’ailleurs cela chez Mahler. Sa musique abandonne les effets pittoresques et descriptifs par rapport à ses prédécesseurs.

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Gustav Mahler

Mahler

Sa musique, avec ses neuf symphonies et ses Lieder avec orchestre notamment, est celle de son histoire intérieure, une sorte de confession des sentiments, où se mêlent des sentiments contradictoires : le macabre, le tragique et le dérisoire, le merveilleux, le vécu personnel et l’émotion. Comme dans la Neuvième de Beethoven, il incorpore la voix dans certaines de ses symphonies. Tout cela à travers le style « narratif » qui lui est propre, incorporant le lyrisme dans la structure rigide et formelle de la symphonie, tout en gardant le système tonal qui sera plus tard remis en question. Il répond à la crise de ce dernier à travers l’expressivité de sa musique, et en massifiant ses orchestres ainsi que ses oeuvres. Elles dureront souvent une heure et demie, égalant ainsi certains opéras. Au niveau des formes choisies, elles se libèrent souvent de la contrainte des quatre mouvements, et de l’ordre prédéfini des mouvements avec même une confusion entre symphonie et Lied dans Le Chant de la Terre, symphonie avec voix en six mouvements, où les quatre habituels sont encadrés par un premier et un dernier mouvement. Aussi, il incorporera la voix de manière notable dans sa deuxième, troisième, quatrième et huitième symphonie.

En rupture avec le modèle beethovénien : le poème symphonique et la musique à programme

Contrairement à leurs contemporains, Berlioz et Liszt estimèrent que la forme classique était déjà pleinement exploitée et cherchèrent à innover.

Berlioz

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Hector Berlioz, l’homme de la musique à programme

Des quatre symphonies qu’il composa, aucune ne suit le modèle traditionnel. Bien évidemment, il suivit tout de même les évolutions de son temps, comme dans la Scène aux champs, issue d’idées décrites chez Beethoven. Sa postérité est à aller chercher, assez étonnamment, chez dans les pays germaniques, et non pas en France. Ces derniers tinrent plutôt à montrer qu’ils savaient faire, comme les Allemands, de belles symphonies.

Liszt

Il était un grand admirateur de Berlioz, en lui reprenant son idée de symphonie à programme, pour l’adapter en poème symphonique comme avec sa Dante Symphonie et sa Faust Symphonie, préfigurant plus tard les symphonies grandioses de Mahler.

Richard Strauss

Il vécut bien plus tard que Berlioz et Liszt : alors qu’il naît en 1864, ces derniers finissent leur vie respectivement en 1869 et en 1886. Toutefois, on le rattache souvent après ces deux compositeurs, qui avec sa Sinfonia domestica et son Alpensymphonie (symphonie alpestre) tient beaucoup du Français plutôt que de Liszt, dont il développa sensiblement le poème symphonique.

Les écoles nationales

L’utilisation du thème populaire tiré des traditions à travers le menuet-scherzo prend souvent la forme d’une fierté nationale, à la même époque que le développement des nationalismes, c’est-à-dire à la fin du XIXe siècle et au début du suivant. Elle se développe ainsi dans des pays à la périphérie de l’Europe : la Russie, l’Europe centrale ou la Scandinavie par exemple, donnant souvent à leurs thèmes un ton altier et finalement assez similaire d’un pays à l’autre. Malgré cela, ces oeuvres permirent à beaucoup de cultures nationales de soutenir leurs élans patriotiques à travers l’épreuve de la symphonie.

Les Russes

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Prokofiev, Chostakovitch et Khachaturian (arménien)

La critique de son temps était rude avec les écoles nationales, comme Debussy. Mais ce ne fut pas, comme on le prétendait alors, pour rajeunir la symphonie que ce mouvement émergea, mais pour bénéficier de l’égide de ce genre respectable, pour soutenir leurs cultures et le talent de leurs compositeurs. Il existe nombre de symphonies basées sur des thèmes populaires russes par exemple chez Rimsky-Korsakov, Borodine, et plus tard Rachmaninov. Et ceci, malgré la difficulté du mélange du folklore et de la technique du développement propre au genre, comme le rappelait Glinka.

Tchaïkovski, passera aussi de la symphonie sur fond populaire à la symphonie « autobiographique ». Par la suite, Prokofiev et Chostakovitch seront dans la continuité des premiers : Prokofiev rendra hommage à Haydn dans sa première symphonie, appelée la Symphonie classique, pour en créer finalement sept, les suivantes devenant très modernes, particulièrement la Troisième.

Les Tchèques, Scandinaves et Britanniques

Smetana, tchèque, est un grand représentant du genre patriotique avec sa Symphonie triomphale. Dvorak, de même origine, composera neuf symphonies avec des scherzos et des mouvements lents souvent d’inspiration populaire. Chez les Scandinaves, on retrouvera surtout Sibelius, qui avec ses sept symphonies, sera un des principaux rénovateurs du genre. Aujourd’hui encore, les Britanniques portent avec fierté l’héritage d’Elgar et de Vaughan Williams.

Sources

VIGNAL, Marc, Dictionnaire de la musique, Editions Larousse, 2005.

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